Leur amour était si particulier, si unique... ne fallait-il pas lui donner les soins exceptionnels dus à une plante rare?

Mais le B.-A. restait esclave de ses aises, de ses habitudes. Les «déplacements» lui faisaient horreur.

Les hôtels, les chemins de fer, la vie vagabonde et à la vapeur des tournées à l'étranger lui ôtaient le plaisir et le charme qu'il pouvait y goûter, pourtant, avec son intelligence ouverte et son sens esthétique. Depuis longtemps il avait refusé d'accompagner Avertie, malgré le chagrin que lui causait une séparation, même très courte. Car il avait besoin de sa présence comme de pain quotidien, un petit pain blond et chaud, de gruau, dont on ne se lasse jamais, qui vous appète, au contraire, tous les jours davantage.

Le B.-A. était un sensuel sentimental; il savait qu'Avertie adorait les voyages et revenait toujours plus émue, aimante, ingénieuse; l'idée du bloc entier des désirs et des ardeurs de la jeune femme le payaient assez bien du sacrifice très grand qu'il faisait en la laissant partir.

Avertie avait une amie charmante, bonne, molle, un peu godiche, mais intelligente, agréable, de commerce facile et qu'on appelait la comtesse Floche.

La comtesse Floche aimait surtout son propre corps, ses aises, son bien-être quotidien et sa bourse. Ce fut à elle, cependant, qu'Avertie demanda de l'accompagner.

—Comment, chère Avertie, s'écria Floche pressentie, vous voulez m'emmener en voyage? Mais vous ne savez pas quel paquet je suis! Une vraie empotée, et si avare avec cela... Et, ma malle, comment la faut-il? En ai-je seulement une de convenable? Et puis, vous serez obligée de me faire une liste des choses à emporter. Je n'ai jamais voyagé, vous savez!

—En effet, vous n'en avez pas l'air! répondit Avertie, en riant.

Pendant que celle-ci roulait dans son fiacre, en pensant au colis supplémentaire qu'en la personne de Floche elle s'était imposé—volontairement,—l'autre, dans son entresol élégant, 1, rue Gauthier-Villars, se reposait, mollement étendue sur son divan, dans la soie des coussins amoncelés. Une cigarette blonde au bout de ses doigts gothiques et soignés, elle restait inquiète et un peu tremblante.

Malgré le vif plaisir qu'elle se promettait de ce voyage, elle avait peur aussi de la compagnie d'Avertie. Sa famille, un peu verjus, la lui avait souvent dépeinte autoritaire, despote, intransigeante et d'une santé intrépide! La crainte de ne pouvoir se reposer à son aise, de temps en temps, la tourmentait et, par-dessus tout, celle de tant d'argent qu'il lui faudrait dépenser. Mais le plaisir et la vanité de ce qu'Avertie, cette amie si particulière, l'eût choisie comme compagne de voyage, elle, entre tant d'autres, chassa vite ses appréhensions.