L'intonation pouvait laisser croire à une plaisanterie. Avertie en fut cependant toute interloquée, car rien ne ressemblait moins à l'inconvenance de cette sortie que la réserve habituelle et la froideur du jeune homme.

—Encore un que le démon de la Basilique vient de posséder... Heureusement que ça n'a pas été en même temps que moi! pensa-t-elle, et elle se mit à rire.

Floche, qui avait vu le geste insolite, s'approcha.

—Quoi? Que dit-il? Il a les veux hors de la tête!

—Il dit simplement, répondit Avertie, qu'il a envie de me posséder dans Saint-Marc... Mais ça n'a aucune importance.

—De vous... quoi?... de vous posséder? Comme vous dites cela! Quelle nature avez-vous donc pour parler de possession avec autant de calme? C'est horrible, tout bonnement épouvantable... dans cette splendide mosquée! Un sacrilège, vous savez!—Et se tournant vers le Peintre:—Vous êtes bien jeune, mon ami, pour penser à de pareilles choses. Comment, vous un satyre? Vous, le satyre des Mosaïques! Ah! ce n'est pas comme moi. Je suis une ahurie dans la vie; je n'ai plus de désir, aucun.—(Elle se lève, distraite.) D'ailleurs, assez de s'asseoir ainsi sur la pierre froide. C'est très malsain... ça donne des boutons.

Comme ils s'en allaient, une dame en grand deuil, très élégante, reconnaissant des Français, s'approcha d'eux et s'adressant à Avertie:

—Madame, pourriez-vous me renseigner, puisque je vois que vous êtes Française? Quel maigre doit-on faire le Vendredi-Saint, à Venise?

—Ah! Madame, vous me prenez au dépourvu, je suis Israëlite!

Dès qu'ils se retrouvèrent sur la Piazzetta, Floche se retourna et, envoyant un baiser à Saint-Marc: