—Nous touchons les mosaïques, mes amis, voyez! dit Floche, aussi heureuse que s'il se fût agi du dos d'un bossu. Ce sont les belles, les byzantines! Est-ce curieux la genèse de ces petits carreaux de marbre et de verroterie qui finissent par faire de la si belle «peinture»...
—Travail de pygmées! lança le Peintre, par jalousie.
—La fuite en Égypte! Voyez donc l'âne naïf... C'est de l'impressionnisme!
—Et ces Saints qui ont l'air mal à leur aise, assis sur une fesse, au bord de leur trône... n'avaient pas l'habitude... intimidés! Et cette pose gênée des deux doigts ouverts en fourchette à découper le rôti!
Sur ces effrayants et minces viaducs aux hautes échasses de marbres, la foule circulait avec peine, étirée en long ver rampant vers la sortie. C'étaient des voyageurs de tous pays, de toutes couleurs, une vraie foire.
Avertie ne se sentit pas un instant un morceau de cette mosaïque humaine et mouvante. Elle se croyait seule au monde spectatrice de la fête donnée uniquement pour elle.
Ralenti par le plain-chant qui enveloppait toutes ces choses, l'office continuait avec sa pompe des grands jours. Tout à coup, en une rafale aiguë de voix complexes et sixtines, jaillit un Amen, accéléré, ardent, emporté. Il progressait, s'enflait, se compliquait en fugue et son développement ultime éclatait dans la basilique comme un bouquet de fusées! La nef vibra jusqu'aux voûtes.
Avertie se sentit à l'instant atteinte en plein cœur. Elle pensa se trouver mal. Quoi! En ce voyage, avait-elle donc si totalement oublié la musique et le B.-A., liés ensemble dans son âme par la même passion, forte, inexorable où s'abîmaient vraiment son cœur et ses sens? Ils se rappelaient brusquement à elle dans cette église, avec la force d'un torrent, torrent qui grondait, s'imposait victorieux dans l'explosion triomphale de la musique.
Puis les chants s'assoupirent et l'émoi d'Avertie s'apaisa; sous les sons adoucis des orgues qui doucement versaient sur son âme la quiétude et la paix, elle ne ressentit plus qu'une grande mélancolie.
L'office s'achevait dans la majesté de sa pompe païenne. Les Pèlerins se levèrent et, suggestionnés par la marche rythmée du clergé, ils s'avancèrent, eux aussi, vers la sortie, d'un pas cadencé et bénisseur.