Avertie pâlit. Elle avait le dos tourné à la porte; dans une glace, elle vit la tête énergique de Dick se profiler. Le cadre doré du miroir, qui sur le fond de l'appartement le coupait à mi-corps, en faisait un magnifique Romney.
La jeune femme eut peur de se trahir; elle se leva et alla, par contenance, examiner quelque bibelot. On lui présenta Dick cérémonieusement. Comme elle n'avait aucun frais à faire et que les San Pietro entouraient de prévenances le nouveau venu, elle put goûter à loisir la joie inopinée qui s'offrait.
Dick, agréable et très correct, causa d'une façon charmante. Il venait de l'Académie, parla du Titien, et de ce beau portrait de femme du Musée de Madrid qui, étendue sur une couche molle, écoute un jeune homme jouer de l'orgue. Ce chef-d'œuvre, il l'aimait entre tous.
—Ce qu'il y a de beau dans ce tableau, dit-il, ce sont les chairs admirables et aussi que le peintre ait mis auprès d'elles un petit chien, emblème de la fidélité... Et puis, au fond, sous les draperies, ce paysage qu'on aperçoit, c'est l'Italie, c'est Venise!... Avez-vous jamais été en Espagne, Madame?
Il se leva, et voyant ses hôtesses absorbées par la confection du thé, il murmura:
—Darling, je vous aime... You madden me!... Je vous ai suivie tous les jours... je vous ai vue vous balancer comme une fleur de narcisse, si jolie, si blanche, dans les rues de Venise... je suis votre esclave... Dites-moi que nous nous reverrons?
Avertie, pour toute réponse, consulta sa montre, poussa un léger cri de surprise et, se dirigeant vers sa tante, elle s'excusa: il était déjà tard... Ses amis l'attendaient aux Jardins Eaden.
—Ach! Douchka! jamais je ne vous laisserai partir avant que vous ayez pris le thé avec nous. Edwige ne le permettra pas!
—Et si vous le voulez bien, Madame, ajouta Dick, ma gondole sera à vos ordres.
Quelques instants plus tard, ils descendaient tous deux le grand escalier de pierre; Edwige, appuyée contre la rampe du palier, appela sa mère: