Paris, 14 mai 1802
Armand de Pontmartin.
P.-S.—Cette édition, préparée et publiée à la hâte, n'est et ne peut être, dans la pensée de l'auteur, l'édition définitive. A côté de la question de convenance et d'équité, il y a la question d'art et de goût. Je voudrais maintenant essayer de faire un livre de ce qui n'était, à vrai dire, qu'une série de feuilletons, cousus tant bien que mal. Or, qui dit livre ou œuvre d'art, suppose aussitôt des horizons plus purs, des tons moins violents, une forme moins offensive. Des souvenirs trop personnels disparaîtraient pour faire place à une peinture large et collective de nos nouvelles mœurs littéraires. Le groupe remplacerait le personnage, qui ne serait plus d'ailleurs un individu, mais un type. Dès lors aussi les noms propres, non-seulement ne me sembleraient plus obligatoires, mais n'auraient plus de sens. Ce travail de refonte ne pouvait, on le comprend, s'accomplir pendant la phase orageuse que je viens de traverser. Qu'on me laisse un peu de calme et de liberté d'esprit, et j'espère le mener à bien.
A. P.
Paris, 20 mai.
INTRODUCTION
A
UN ANCIEN AMI[ [1]
Il y a seize ans, je vous dédiai mon premier ouvrage: permettez-moi de vous offrir celui-ci. Si je voulais me rendre intéressant, je vous dirais qu'il sera probablement le dernier. Ce que je crois, du moins, c'est qu'il sera, dans ma vie littéraire, une date, peut-être une crise.