Je fus consolé de ce malheur par un Allemand, un jeune citoyen de Francfort-sur-le-Mein, venu à Paris pour apprendre la bonne prononciation française. Le malheureux y perdait son latin et ne réussissait qu'à parler comme le baron de Nucingen. Je l'avais rencontré au Collége de France et à la Bibliothèque: nous avions causé du moi et du non-moi: je lui avais prêté quelques livres, et une sorte d'intimité s'était établie entre nous; il était convenu que je rectifierais à mesure les imperfections de son accent.

Wilhelm Kruchener (c'était son nom) m'aborda, le nouveau journal à la main, et me dit d'un air narquois:

Che grois que ce sont des varzeurs...

—Des farceurs! oui, vous avez bien raison.

—Ce ne sont tonc bas des breux?

—Des preux? pas le moins du monde.

—Ni des baladins? ajouta Wilhelm avec un violent effort pour articuler correctement ce dernier mot.

—Des paladins?... oh! oui; ce sont des paladins comme vous le dites... en prononçant à l'allemande.

XIII