Ce genre de consolation prodigué par Zemroud à sa petite belle-sœur valait beaucoup ou valait peu, il n'importe. Elle n'en avait pas d'autre à sa disposition, et elle en usa tant qu'elle put, le reproduisant sous toutes les formes et terminant toujours chaque démonstration par l'assurance ferme, par la promesse sous serment que Kassem ne resterait, dans tous les cas, pas plus d'un an absent, et qu'il n'était que raisonnable et naturel d'admettre qu'il reviendrait possesseur d'une fortune immense qui les mettrait, tous et toutes dans la famille, en situation de se passer leurs fantaisies. A la fin, Amynèh, ayant un peu pris sur elle, dit qu'elle voulait s'en aller et elle retourna au logis.

Elle y trouva Kassem dans un état qui ne valait guère mieux que le sien. Au moment de quitter sa femme, sa maison, ses habitudes, son bonheur, son amour, l'enthousiasme avait baissé. La résolution restait, parce qu'il ne pouvait l'arracher ni de son imagination ni de sa volonté; mais elle était voilée de noir, et le cœur s'en donnait tant et plus de se tordre, de se plaindre, de gémir, de réclamer: enfin, pour bien dire, Kassem était très malheureux, comme on l'est, quand, placé entre le devoir et la passion, on se croit entraîné par le devoir. Il importe peu de rechercher ce que peut valoir toujours ce dernier mot. Kassem admettait que son devoir était de chercher et de rejoindre le magicien. Il lui fallait se soumettre.

Avec ce sentiment si fin, si tendre, si divin qui appartient, en tous pays, aux femmes, quand elles aiment et qui seul suffirait à en faire les êtres vraiment célestes de la création, Amynèh comprit la lutte qui se soutenait dans l'âme de son mari, et, instinctivement, évita ce qui pouvait la rendre plus difficile et plus cruelle pour le patient.

—Peut-être, se dit-elle en elle-même, pourrais-je réussir à le garder auprès de moi huit jours, un mois au plus! Mais comme il souffrirait!... Et à la fin?... Quoi? il voudrait encore s'en aller!...

Elle cesse de combattre et se montre résignée. Elle dit seulement:

—Tu reviendras?

—Oui! oui! je reviendrai ... je te le jure, Amynèh! Comment ne reviendrais-je pas? Sois sûre que, si tu ne devais plus me revoir, c'est qu'alors....

Elle lui mit la main sur la bouche.

—Je te reverrai, dit la meilleure des femmes en affermissant sa voix. Assurément, je te reverrai! Pense à moi, n'est-ce pas?

—Oui, j'y penserai ... j'y penserai souvent!... Non! Tiens! j'y penserai toujours! O Amynèh! mon Amynèh! ma chérie! Comment veux-tu que je fasse pour ne pas penser toujours à toi? Songe donc à ce que tu es pour moi!... Est-ce que je le savais bien jusqu'à ce moment?... Je n'avais jamais songé que je pouvais te perdre.... Te perdre.... Est-ce que je te perdrai?