L'Angleterre, en effet, se vit bientôt dans la nécessité de modifier sa politique en Sicile à l'égard de la France et rappela son ambassadeur, sir William Hamilton, qui depuis longtemps n'était plus le mari d'Emma Harte qu'officiellement.
Tout se désunissait autour d'elle.
Lord Acton devait mourir en Sicile, dans un exil assez méprisable; Marie-Caroline allait s'éteindre à Shœnbrunn, dans l'isolement et l'oubli.
À son retour en Angleterre, lady Hamilton éprouva sans doute quelques étranges serrements de cœur, lorsque son équipage en deuil passa devant cette taverne où elle était entrée, un soir d'enfance, et devant l'église où elle avait entendu sonner, autrefois, des heures épouvantables. Sir Hamilton mourut en 1813, et Nelson fut tué au combat de Trafalgar. Il la recommanda en vain au peuple anglais.
Elle dépensa vite, peut-être par désespoir, toutes les richesses quelle tenait des générosités de la reine de Sicile, de son mari et de son amant.—Sir William, en son tranquille dédain, lui avait à peine laissé six ou huit mille livres sterling de rentes; cette fortune aussi ayant été dissipée inutilement, elle quitta pour toujours l'Angleterre et vint avec sa fille s'établir à Calais, où elle mourut, dans l'obscurité, en 1813, à l'âge de cinquante-cinq ans.
Telle est l'histoire de cette artificieuse femme, qui, ayant représenté une fois de plus la toute puissance de la beauté sur la terre, où elle était née pour devenir une déesse, s'est flétrie elle-même jusqu'à ne laisser à la postérité d'autre souvenir que celui d'une hétaïre méprisable et sanglante.