Mais,—et ceci est un élémentaire article de foi!—ses péchés lui sont déjà remis, à celle qui, en l'oubli de tout souci de ce monde, peut en agir avec cette confiance d'élue! à la déjà délivrée des sept démons, à celle dont les prunelles de voyante et l'âme illuminée remarquent si peu le physique du Sauveur que, Jésus étant ressuscité et lui apparaissant devant le sépulcre vide, elle ne le reconnaît même pas, le regardant en simple humaine, et le prend pour le JARDINIER du champ de mort, et s'écrie, en un transport d'outre-monde: «Dites-moi, je vous supplie, où vous l'avez mis, afin que j'aille, et que JE L'EMPORTE!»
C'est seulement à la voix, lorsque le Seigneur la nomme qu'elle le reconnaît et se prosterne. C'est à l'appel seul de Dieu que ses yeux redeviennent voyants.
—Il est donc, pour ainsi dire, naturel, que, chez Simon, le Seigneur l'assure de nouveau de toute absolution et lui dise: «Va en paix!» car elle est en état de recevoir ce qu'on lui donne.
Or, dans la «pièce», il se trouve que le prétendu repentir de la soi-disant Marie-Magdeleine n'est, en réalité, qu'une avance hypocrite et corruptrice,—que ses pleurs pervers ne sont qu'une arme pour tenter la chasteté divine,—qu'elle veut se faire touchante pour induire, en péché, Celui qui a dit: «Lequel d'entre vous me convaincra d'un péché.» Et voici que le pseudo-Christ de M. Darzens, alors qu'il vient d'être dit: «qu'il voit toutes les pensées», se méprend sur la tentatrice! Et qu'il est en dupe! Voici que celui qui se dressa, le fouet au poing contre les marchands du Temple et passa au milieu de ceux qui le voulaient saisir et lapider avant l'heure précise de la Rédemption, supporte ces parfums, ces larmes viles—et de tels baisers! Voici qu'il accepte, exalte et bénit ce qui, selon ses avertissements vertigineux, ne peut mériter que le séjour de l'essentielle-limite, où «le ver ne mourra pas, où le feu ne s'éteindra pas!» Et voici qu'il dit, à ce péché-vivant qui le contemple, inconscient de repentir et les yeux obscènes: «Tes péchés te sont remis à tout jamais, va en paix!» Ceci—alors que la scène ultérieure donne à cette parole le démenti le plus flagrant, puisque non seulement la Magdaléenne ne s'en va pas en paix, mais paraît outrée de ce que Dieu se soit permis de lui remettre ses péchés au lieu... «de la COMPRENDRE!!» et qu'elle érupte, en faisant étalage de sa périssable chair, une lave soudaine de lubricités si révoltantes,—si répulsives,—qu'elle semble, loin d'être une sainte, une énergumène!
Qu'il me soit donc permis de trouver d'une inconséquence attristante un «chrétien», dont la «ferveur» peut concevoir l'Évangile sous un pareil jour.
Finissons-en.—Suivent quelques vers où Madeleine se trouve brusquement sanctifiée! transfigurée sans autre disposition préalable, et continue cependant à donner l'impression contraire—puisqu'elle appelle, tout uniment, le Sauveur «Prophète», et qu'elle demande à suivre «ceux qui le disent le Messie», le tout en lui affirmant quelle «l'aimera jusqu'à la mort d'un amour qu'elle ne comprend pas». Comme si une réelle transfigurée pouvait prononcer cette petite phrase de bourgeoise vexée, ayant senti qu'il n'y avait rien à faire. J'arrive aux derniers vers pour lesquels semble être conçue la pièce. Ils sont d'un Rédempteur de fantaisie, d'un accent, d'un ton qui paraissent étrangers à l'Humilité divine. Un adage du Christ s'y trouve transposé et traduit plus qu'à la légère. Nulle vibration d'infini! Le Sauveur y nomme la Magdaléenne «son épousée choisie entre toutes les femmes». Les derniers mots sont en contradiction formelle avec les Sept-Paroles, ainsi qu'avec le récit de la Mort de Notre-Seigneur par son témoin l'évangéliste saint Jean.
Entrer dans la critique d'autres détails serait long et pénible. Ces réflexions suffisent pour prémunir contre d'irréfléchis mouvements d'adhésion ceux que le talent littéraire de l'auteur pourrait troubler ou séduire,—et pour entraver peut-être, de quelques scrupules suscités en leur conscience, les nombreux écrivains qui s'apprêtent à nous exhiber d'apocryphes rédempteurs. Je n'ai rectifié que dans ce but les graves erreurs d'un frère en christianisme. Sur ce terrain, je ne connais plus de sympathies ni de réserves. Toutefois, je n'ai pas à juger l'auteur, d'abord parce qu'on ne doit juger personne, ensuite parce que mes errements, à moi-même, ne me permettent d'être sévère qu'envers moi. Le juvénile poète de l'Amante du Christ est, sans doute de bonne foi, malgré de troublantes apparences. Il est dans l'âge où les fumées passionnelles peuvent obscurcir ou voiler les pures spiritualités du livre des livres. S'il est à regretter qu'il ait choisi un tel sujet, qu'il nous permette pourtant d'espérer que son âme est pareille à la fille de Jaïre, sur laquelle tomba cette parole de résurrection: «Cette jeune fille n'est pas morte, elle n'est qu'endormie.»