C'est très galant.
Au point de vue du simple sens commun nous lisons:
| (Même préface) | |||
| PAGES 5 ET 6 | PAGE 11 | ||
| «Comment animer de nos ardeurs ces êtres merveilleux qui ont le mieux fourni à l'humanité la vision du divin? Les amener à la RÉALITÉ, ce serait les faire entrer dans le néant. Vapeurs dorées, à forme humaine, ils disparaissent dès qu'on les touche et qu'on leur suppose une consistance et des passions charnelles.» | —«Les divinités grecques ne sont que de pures abstractions, tandis que Jésus a réellement vécu et foulé cette terre. Si la LÉGENDE l'a transfiguré, il n'en reste pas moins, par bien des côtés, par son corps et par ses discours fort humains, l'un de nos frères». | ||
Pas de commentaires n'est-ce pas?
Seulement que penser d'un auteur s'attestant «chrétien fervent», se glorifiant d'être de l'église catholique, apostolique et romaine—et qui, néanmoins, commet l'inconséquence, plus étrange encore que juvénile, de faire sanctionner son œuvre—(où parle le Christ lui-même!)—par une telle préface et un tel parrain?
2o La «pièce» n'est autre qu'un passage de l'Évangile, arrangé, en vers, pour le théâtre: Sainte Madeleine chez le pharisien Simon.—Tout d'abord, l'Évangile, pour un fidèle, étant le Livre de l'Esprit-Saint, la lettre même en est inviolable (à une virgule près, sous menace d'anathème, est-il écrit). Le Beau, dans l'Évangile, est vivant—et non fictif comme le Beau littéraire. Le mystérieux, le lointain d'un beau vers ne peut qu'altérer la vérité de ce Beau spécial. Le restreindre jusqu'à l'humain, en l'adaptant sur le lit de Procuste d'une prosodie, c'est donc risquer d'offrir, sous une étiquette, autre chose que ce qu'elle annonce, et se vouer à produire, par exemple, des vers où, comme dans la pièce, Dieu trouve que l'Asie est «IMMENSE». (On croit rêver, lisant cela.)—Que l'on versifie un apostolique récit d'après l'Évangile, passe encore: mais versifier l'Évangile même, c'est s'exposer à dénaturer le sens vital d'une parole du Verbe en la modifiant selon les exigences de la métrique d'un vers.—Donc, en principe, tout essai de traduction, partielle ou totale, de l'Évangile, en vers même libres, simples, exempts de romantisme, ne peut-être que présomptueux et vain. L'on se place en ce dilemme:
—Ou grâce à des ajoutis et nuances, la version se trouve inexacte:—alors, la cause est jugée; ouvrir le dictionnaire des hérésies.
—Ou par impossible, elle est exacte;—alors que penser d'un fidèle qui semble dire à l'Esprit-Saint:—«Mon cher confrère, ceci n'est-il pas bien mieux et plus beau que ce que vous avez dicté (sous-entendu en vile prose), PUISQUE ÇA RIME!
Voyons, ce nonobstant, si l'épisode suave de sainte Madeleine est exactement traduit.
Tout d'abord, dans l'Évangile, au lieu de la prétentieuse et précieuse tirade que prête à son héroïne le trop généreux auteur de la «pièce», la sainte pécheresse ne prononce pas une seule parole. Elle entre; elle ne s'excuse pas: Simon-le-Pur peut la chasser!... Elle ne réfléchit pas! Elle ne demande pas la permission d'aimer! Elle s'agenouille, répand ses symboliques parfums, mêlés à ses larmes, sur les pieds du Sauveur, et ces pieds sacrés, elle les essuie de ses cheveux, elle les baise en pleurant toujours—et en silence.