Nous ne nous permettrons qu'une simple observation.

L'auteur a reculé devant les fautes de français qui étaient une nécessité du rôle de Rousselin.

Pourquoi?—Un député un peu sérieux n'eût pas reculé, lui. La collection du Moniteur à la main, je mets au défi un représentant quelconque de me démentir. Ceci était un élément constitutif et vital pour la vérité du personnage. Il semble, parfois, qu'il lui manque quelque chose. On se demande, très sérieusement, comment il fera, à la Chambre, pour être estimé et pour convaincre.

Le jeune poète, Léon Duprat (pourquoi le nom même de Lamartine? L'Auteur n'y a point pensé au baptême, sans doute,) Duprat, disons-nous, est une petite perle.

Ce sentimental galopin, en qui tout sonne le vieux toc et au travers du sublime duquel on distingue toujours un vague pain de sucre originel, comme une montagne à travers un nuage, est bien de la famille de ces solennels imbéciles qui poussent le vice jusqu'à mourir à l'hôpital pour duper le bourgeois et attraper la Gloire par cette tricherie comme on attrape une mouche sur un mur. Ces malheureux ont une façon de parler des étoiles qui dégoûterait de la vue du ciel si on les écoutait. Chaque fois qu'ils s'écrient: «Dieu! l'âme! l'amour! l'immortalité! l'espérance!» Il semble que l'on entend cette phrase fatidique; «Et avec ça?...» Et l'on cherche un crayon derrière leur oreille.—Encore un qui, s'il s'écrie: «Je vais manger un bifteck», se croira obligé d'ajouter avec un sourire sardoniquement triste: «Ce n'est pas très poétique, mais, hélas!...» Bref, un odieux petit bonhomme, qui n'a vu dans Hernani que les poignards de Tolède et qui trouvera un jour, comme ses pairs, sous un prétexte ou sous un autre, que le Maître sublime de la Poésie a été surfait. Total: un jeune Zéro mécontent du coquin de Sort, et très content d'être pris pour un par ces mêmes bourgeois dont il est l'âme endimanchée, et rien de plus. Ce Duprat est tracé dans le Candidat de façon à faire pâmer toute la rue Saint-Denis. «Comme il a l'air artiste!» disait une dame au foyer.

Il manque peut-être, à cette œuvre, un cinquième acte, où tous les personnages se fussent tout à coup montrés sublimes sans motifs. Le public et le gros de la critique (qui est son porte-voix) eussent été alors agréablement surpris en s'apercevant qu'étant donnée la sphère intellectuelle où rayonne l'esprit de ce drame, il revient exactement au même que les personnages en soient vils ou héroïques.

Un écueil était à éviter dans cette comédie étrange: c'était de montrer du génie. Flaubert, en grand observateur et en artiste parfait, a doublé le cap des Desgenais et des types à maximes. Il aurait plu, s'il avait usé de cette rengaine. Il a préféré froisser jusqu'à la stupeur et rester consciencieux. Pas un e parta qui sauve Duprat! Flaubert a peint tous ces écorchés avec leur propre sang. Aucun de ces personnages n'est même tout à fait une canaille! Bref, le Candidat n'est qu'un vaste haussement d'épaules désintéressé et sincère, c'est-à-dire la chose la plus rare qui soit en littérature.

Concluons:

Attendu que les sots ont toujours du génie quand il s'agit de nuire, et que, dans la souffrance, ils déshonorent la pitié qu'on a pour eux par le sentiment qu'ils gardent toujours de nous avoir «mis dedans»; attendu que la sottise est l'hydre à tête de colombe, le repentir du Créateur, l'ennemie éternelle, il n'y a pas de merci à lui faire. Notre devoir est de la décalquer sans pitié: car, pour elle, quel châtiment est comparable à celui de s'apercevoir elle-même?

Donc, bravo et gloire à cette comédie. Après elle, la porte est fermée sur toute scène de candidature!... Le type est créé à jamais. Quant au soi-disant insuccès théâtral, il n'est un peu triste que pour le public.