I
L'ORDRE DU JOUR

Les fortuites circonstances qui ont amené la démission, sans cesse atermoyée d'ailleurs, de M. le Président de la République française ayant paru démontrer qu'en dépit de toutes prévisions, la solidité même de ce mode de gouvernement n'était plus inébranlable, ses représentants ne pouvaient tarder à comprendre qu'une mesure exceptionnelle de sécurité publique devait être prise en toute hâte,—«à l'effet de paralyser, d'avance, les espoirs et menées possibles des Prétendants aux aguets des péripéties de la crise actuelle.

L'occasion solennelle du Congrès n'étant pas de celles que l'on dût laisser échapper, voici la question préalable qu'il s'agissait d'envisager froidement:

1o—D'une part, les Princes, par leurs incessants manifestes, se sont acquis, on peut le dire, un certain renom de réformateurs libéraux, progressistes, aux visées à la fois fermes et sages, éclairées par de persévérantes études. On les sait doués, personnellement, du courage traditionnel chez les leurs; chacun d'eux semblerait donc l'idéal du prince moderne, acceptable. Néanmoins, le parti républicain persiste à se méfier officiellement de leur sincérité.

2o—D'autre part, il est non moins constant que, dès son érection à la Présidence, M. Jules Grévy non seulement avait fait PREUVE, lui, de toutes ces qualités, mais encore qu'il y joignait la clairvoyance de l'âge, une pratique affermie par l'expérience et sa capacité de magistrat bien trituré aux affaires:—vertus qui, sur la foi d'un prétexte quelconque, n'ont pu conjurer son éviction.

La situation politique se trouvant donc, pour tout président futur,—(sauf de futiles questions domestiques)—exactement la même que lors de l'avènement de M. Grévy au Pouvoir exécutif,—(car nul homme, en France, n'oserait, en vérité, s'autoriser d'une auréole, d'un halo même, de plus parfaite honorabilité que celle qu'eut toujours et que gardera, probablement, dans l'Histoire, M. Jules Grévy),—quel serait donc, au point de vue d'une garantie supérieure de stabilité, le surplus, la plus-value dans la quotité de leur apport, qu'offriraient, à la nation, les Prétendants... (au cas, bien entendu, où la France pourrait juger opportun de s'en préoccuper)!...

La Couronne!—ou, plutôt, son ombre, puisque les diamants mêmes en sont liquidés.

Certes, aux yeux d'une énorme minorité, la couronne de France est encore loin d'être une non-valeur: elle pèse son poids, et, si léger que d'aucuns le supposent, il pourrait encore suffire, hélas! à faire pencher, bientôt peut-être, l'un des plateaux de la balance.—Eh bien! pour obvier aux sentimentales exigences de ceux qui tiennent encore pour important ce hochet symbolique, une proposition des plus anormales, rédigée, sous forme d'hypothèse loyale, en vue d'en finir, d'une façon radicale, avec les factions qui nous divisent, a été déposée sur le bureau des deux Chambres:

«Si,—pour forcer l'union, tant désirée, des partis, et maintenir l'exubérante prospérité publique,—l'Assemblée nationale osait décréter, simplement, une bonne fois, d'ANNEXER, avec une liste civile convenable, cette même couronne (à titre d'attribut purement honorifique) aux fonctions présidentielles?...

«Ce serait peut-être «l'on ne sait quoi» d'indispensable que tous désirent obscurément pour, s'il se peut, relustrer le prestige un peu terni de la Présidence.