«Si, par voie de suffrage universel, la transmission de ce bandeau civique, tacitement héréditaire aussi, de présidents à présidents, était, à l'avenir, affectée à leur charge?... Si la vue de cet objet inoffensif, sur la forme duquel nos derniers maniaques du Passé se plairaient à reposer leurs regards leur était offerte, de temps à autre, sur les fronts provisoires de nos chefs d'État?... Si, en un mot, le Président de demain, dans le but de faire face aux nécessités éventuelles, et pour parer au salut presque compromis de la République, était mis en demeure d'accéder, pour L'EXEMPLE, à cette opportune concession, jusqu'à s'en assimiler, par esprit de conciliation, le convenu prestige,—(de même qu'au nom de la Constitution il accepterait de s'assimiler tous les autres insignes et privilèges afférents au royal ou dictatorial pouvoir),—ne serait-il pas, alors, évident que les Princes, pour libéraux, radicaux, républicains et progressistes qu'ils puissent être, N'AYANT PLUS RIEN À OFFRIR QUE L'ON N'EUT DÉJÀ, se verraient, désormais, comme prétendants, sans raison d'être?»

Certes, pareille imagination devait sembler, de prime abord, à ce point... étrange... que son rejet, sans discussion, et à peine accompagné d'un vague sourire, s'annonçait comme tout indiqué. C'est, en France, le sort des plus pratiques, des plus sérieuses initiatives, jusqu'à ce que la réalisation, puis l'habitude, en aient consacré l'autorité.

Autant eût valu proposer de peigner le cheval de bronze.

Point donc ne fûmes-nous surpris de la silencieuse stupeur au milieu de laquelle fut notifiée cette idée... non plus que du presque immédiat et sympathique acquiescement que nos mandataires lui ont témoigné, après quelque réflexion, par ces touchants bravos dont retentissent encore les voûtes versaillaises. Si habitués que nous soyons au fantastique,—surtout en nos congrès,—(notamment depuis la fameuse discussion du Quorum, au début de laquelle députés et sénateurs, d'après les comptes-rendus officiels, s'abordèrent en imitant divers cris d'animaux), la réelle valeur de cette combinaison devait, en effet, saisir bien vite les esprits. Car, malgré l'apparence, le convenu même, de son absurdité (c'est-à-dire de sa nouveauté), c'était bien la motion la plus pratiquement sage, on en conviendra, que nos délégués eussent proposée depuis longtemps.

LE PROJET DE LOI

Un texte de projet de loi fut donc élaboré sur-le-champ: le voici, dans toute son officielle rigidité:

«Article premier.—Le chef de l'État devra porter, désormais, comme insigne de la judicature suprême, l'ornement de tête communément appelé diadème ou couronne avec le titre de prince de l'Ordre.

«Art. 2e.—Il aura la faculté de ne ceindre cet emblème exceptionnel que dans les grandes solennités nationales et publiques.

«Art. 3e.—La présente loi, sous réserve de l'acceptation de l'intéressé, sera promulguée dans les trois jours qui suivront son adoption par les deux Chambres.

Chose vraiment imprévue! Les membres de la Droite se sont montrés les plus zélés, les plus éloquents même, comme on va le voir, en faveur de ce projet—qui, cependant, semble si bien fait pour anéantir leurs dernières espérances. L'Extrême-Gauche a rivalisé d'émulation avec eux; de sorte que le centre et la majorité qui, d'abord, avaient mis en avant la proposition, ont fini par devenir hostiles au projet qu'ils avaient eux-mêmes présenté; ce qui s'explique par le besoin de contradiction qui fait le fond de la nature humaine.