«—Après le café, vers midi, défilé, recueilli, du cortège. Dans Notre-Dame, illuminée au gaz, un prône laïque sera débité par le R. P. Loyson. La Marseillaise, suppléant au Te Deum suranné, sera dite officiellement, à l'orgue, par M. Paulus. Quelques cris prophétiques, arrachés par le feu de cet hymne,—par exemple: «À Pékin! À Pékin!...» pourront être proférés alors, pour la forme, par quelques membres vénérables du Centre gauche.—Religieux spectacle, qui, aidé de quelques paroles édifiantes de MM. Tirard et Léon Say, ne manquera pas d'opérer de miraculeuses conversions. Le Sacre sera terminé par un motet au dieu Terme. Au retour du cortège, des reposoirs, avec poëles à la papa, seront dressés de distance en distance.»

À quoi, M. Chesnelong:

«—Après une sieste due à quelque fatigue, le Prince de l'Ordre devra comme le Tsar, se mêler au peuple, en partager les jeux:—entrer, par exemple, incognito, dans quelque logis ambulant de somnambule extra-lucide, laquelle ne manquera pas de lui dire:—«Vous êtes comme l'oiseau sur la branche;» ou: «Vous allez recevoir la visite d'un homme de campagne!» ou: «Vous êtes sur le point de partir pour un grand voyage.»

«—De retour à l'Élysée, après la Marche aux flambeaux, il pourra s'écrier comme Titus: ce sacre... est le plus beau jour de ma vie!

«—Et le lendemain! quel prestige! quelle résurrection! Quelles Pâques fleuries dans tous les cœurs. Voici renaître, avec le luxe de la Cour, les affaires, le crédit, la confiance, le Commerce, les nobles enthousiasmes, la foi, le succès, l'avenir! Tout respire la joie, l'allègement, la force d'un pays qui reconnaît, enfin, son PÈRE!

«—Oui, puisque, comme l'a si judicieusement déclaré M. Adolphe Thiers, la France est, avant tout, centre gauche.»

Sur ces touchantes conclusions, MM. les Commissaires se décident à rentrer dans l'enceinte de l'Assemblée.

Le Congrès, tout entier, se réjouissait. Monseigneur Freppel, fort ému regrettait au milieu d'un groupe de l'Extrême-Droite que le décret n'eût pas été voté du 10 au 12 juillet, alléguant la solennité du 14, où d'après son opinion, il eût été très utile que M. Grévy portât une première fois l'insigne de sa dignité.

MM. de Freycinet et Barodet semblaient peu éloignés de partager cet avis. Dans un groupe formé de M. le duc de la Rochefoucault-Doudeauville, de M. Bocher et de M. Chesnelong, qui venait de les rejoindre, l'on devisait à voix basse; au style des sourires on devinait qu'une joie recueillie les animait.

Seul, M. Jules Ferry semblait distrait, comme si la question l'eût peu intéressé; cependant on lui avait donné à entendre qu'à titre d'Homme d'État tout particulier, presque exceptionnel même, il lui serait conféré, naturellement, l'office quasi sacerdotal de poser la couronne sur la tête du récipiendaire.