Ce nonobstant, il paraissait somnoler.

Sur ces entrefaites, quelques objections se sont élevées,—non sur le fond mais sur la forme,—entre M. Paul de Cassagnac et M. de Baudry-d'Asson à propos de cette question jetée, soudain, par le surprenant M. Colfavru:

«—Est-ce la couronne impériale ou la royale que devra ceindre M. Jules Grévy?»

Une discussion vive s'est engagée à ce sujet et les membres de toutes nuances de la Chambre se sont tellement passionnés pour cette alternative, que chacun considérait comme une sorte d'injure si l'on ne choisissait pas la couronne dont le symbolisme répond le mieux à ses préférences.

Il serait erroné toutefois de supposer que les représentants des divers partis monarchiques aient apporté, dans ces débats, une arrière-pensée.

Mais, comme la discussion s'éternisait, que les esprits semblaient prêts à s'aigrir et que la discorde menaçait de détruire l'entente provisoire de tous, M. Jules Ferry, se réveillant au bruit et mis au fait de l'incident, demanda la parole.

Par un de ces traits éblouissants qui attestent le remarquable talent de ce grand politique, il venait de trouver, au rouvrir des yeux, un merveilleux moyen terme dont l'énoncé a ramené le calme. Il a eu, en un mot, l'idée ingénieuse, acclamée à l'instant, d'introduire dans la loi l'amendement suivant sous forme d'article additionnel, ainsi conçu:

Art. IV.—«À défaut de la Tiare, le chef de l'État devra porter, à tour de rôle, tantôt la couronne impériale, tantôt la couronne royale,—ce qui donnera satisfaction, successivement, aux doubles exigences des partis monarchiques sans porter atteinte à l'indifférence des républicains pour l'un ou l'autre de ces ornements accessoires.»

Inutile d'ajouter que la joie épanouit aussitôt tous les visages, tous les cœurs. Devant cet accord imprévu et dans la crainte qu'un nouvel incident ne changeât l'étrangeté contagieuse de cette union en une zizanie irrémédiable, le Président du Congrès a immédiatement proposé et fait adopter, aux applaudissements unanimes, le renvoi de la séance, à neuf heures trois quarts.

LA SÉANCE DE NUIT