Dès neuf heures, tous les membres du Congrès sont à leurs bancs. Dans l'attente de l'événement décisif, sur l'heureuse issue duquel personne n'élève même un doute, les conversations particulières sont rares et discrètes.
Au milieu de ce silence religieux qui plane, d'ordinaire, en ces sortes de circonstances, M. Maurice Rouvier, chef du Cabinet, montant à la tribune, donne lecture du Message présidentiel suivant:
«Messieurs les sénateurs, Messieurs les députés,
«—Quelques spécieuses que soient les raisons qui m'ont été présentées, au nom de l'Assemblée nationale, au sujet d'une superfétation dans les attributs de ma charge, je ne les ai pas jugées assez concluantes pour me décider à porter une marque décorative qui pourrait laisser supposer au pays une variante inopportune dans mes goûts et mes idées.
«Que le Congrès veuille bien en recevoir tous mes regrets, avec le maintien de ma démission.»
«Le Président de la République française,
«Jules Grévy.»
L'étonnement est porté à un tel degré que toutes les bouches en restent béantes et qu'à peine s'élèvent quelques cris—inarticulés, d'ailleurs, au point de déconcerter les sténographes. De telle sorte que celui d'entre eux à l'obligeance duquel nous devons le communiqué de ces lignes, hésitant à les contresigner, nous ne croyons devoir livrer que sous toutes réserves, au public, ce document extraordinaire.
L'INCIDENT FINAL
minuit 1/2.