Avec vous, cependant, avec vous, disparaissaient l'éclair de chevalerie, le droit aux obéissances désintéressées, la sanction des élans généreux, l'étendard des traditions sublimes. Ensevelie dans la blancheur de votre linceul, la Royauté se fût endormie, pour nous, dans les plis de notre unique drapeau. Mais ne nous eût-elle légué que cette gloire de lui être demeurés, quand même, fidèles jusqu'au dernier moment, fiers encore de cet héritage, nous eussions porté noblement le deuil de nos vieilles espérances.
Donc,—plaise à Dieu que cet Avertissement nous devienne salutaire! Et qu'il soit, enfin, pour tous, Monseigneur, comme l'un de ces sursauts définitifs, après lesquels... on se réveille!
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POÈMES DU PARNASSE
I
À UNE GRANDE FORÊT
Ô pasteurs! Hesperus à l'Occident s'allume;
Il faut tenter la cime et les feux de la brume!
Un bois plutonien couronne ce rocher,
Et je veux, aux lueurs des astres, y marcher!
Ma pensée habita les chênes de Dodone;
La lourde clef du Rêve à ma ceinture sonne,
Et, détournant les yeux de ces âges mauvais,
Je suis un familier du Silence—et je vais!...
Souffles des frondaisons, Esprits du lieu sauvage,
Flottez, âcres senteurs de l'herbe après l'orage!
Gommes d'ambre, coulez sur le tronc rouge et vert
Des arbustes!... chevreuils, partez, sous le couvert!
Puisque le cri d'éveil qui sort des nids de mousses—
(Grâce au minuit des bois)—charme les femmes douces,
Ô Muse! en cet exil sacré fuyons tous deux!
Aquilons, agitez les pins sur les aïeux,
Qu'ils reposent en paix sous vos lyres obscures!
Sur les lierres, tombez, ô pleurs d'or des ramures!...
Miroir du rossignol, la Source de cristal,
Bruissante, reluit sur le sable natal!
C'est l'heure où le dolmen fait luire entre ses brèches
Des monceaux, aux tons d'or fané, de feuilles sèches.
La clairière s'emplit de visages voilés.
Au loin brillent les ifs, par la lune emperlés.
Brume de diamants, l'air fume! Les fleurs, l'herbe
Et le roc sont baignés dans le voile superbe!...
Gloire aux œuvres des cieux! Livrez-moi vos secrets,
Germes, sèves, frissons, ô limbes des forêts!...