»L’étonnant professeur Schneitzoëffer (junior) lui-même est aux abois, ne pouvant plus suffire aux commandes, malgré les obstacles que lui suscite, à tout instant, le clergé.

»Trésor des nerfs, calmant gradué, Oued-Allah des familles, cet Appareil s’impose aux parents sérieux qui, revenus des préjugés du cœur, jugent que si le sentiment est chose à ses moments suave, pas trop n’en faut, lorsqu’on est, véritablement, un Homme!—L’Humanité, en effet, sous l’antique lumière des astres, ne s’appelle plus, aujourd’hui, que le public et l’Homme que l’individu. Nous en prenons à témoin non plus un vague et démodé firmament, mais le Système solaire, mesdames et messieurs, oui, le Système solaire! depuis Mercure jusqu’à l’inévitable Zêta Herculis[7]

[7] Il est officiel, aujourd’hui, que la totalité de notre Système solaire se dirige, insensiblement, vers le point céleste marqué par la sixième étoile de la constellation d’Hercule, (soit Zêta Herculis, d’après notre langage). Ce gouffre igné,—de dimensions telles que les chiffres qui l’expriment confondraient quelque peu la pensée (si, pour ceux qui pensent, le ciel apparent pouvait avoir une importance quelconque)—semble, en astronomie, devoir être la fin ou l’effacement inévitable, en effet, de notre ensemble de phénomènes.—C’est, sans doute, à ce dénouement que veut faire allusion le professeur bavarois. Ce qui nous tranquillise, nous autres Français, c’est que nous le savons aussi bien que lui et que d’ailleurs, nous avons le temps d’y penser.

LES BRIGANDS

A Monsieur Henri Roujon.

Qu’est le Tiers-État? Rien.—Que doit-il être? Tout.

Sully,—puis, Sieyès.

Pibrac, Nayrac, duo de sous-préfectures jumelles reliées par un chemin vicinal ouvert sous le régime des d’Orléans, chantonnaient, sous les cieux ravis, un parfait unisson de mœurs, d’affaires, de manières de voir.

Comme ailleurs, la municipalité s’y distinguait par des passions;—comme partout, la bourgeoisie s’y conciliait l’estime générale et la sienne. Tous, donc, vivaient en paix et joie dans ces localités fortunées, lorsqu’un soir d’octobre il arriva que le vieux violoneux de Nayrac, se trouvant à court d’argent, accosta, sur le grand chemin, le marguillier de Pibrac et, profitant des ombres, lui demanda quelque monnaie d’un ton péremptoire.

L’homme des Cloches, en sa panique, n’ayant pas reconnu le violoneux, s’exécuta gracieusement; mais, de retour à Pibrac, il conta son aventure d’une telle sorte que, dans les imaginations enfiévrées par son récit, le pauvre vieux ménétrier de Nayrac apparut comme une bande de brigands affamés infestant le Midi et désolant le grand chemin par leurs meurtres, leurs incendies et leurs déprédations.