—Ce fut tout, reprit D***. Le sang lui vint à pleine bouche.
Je regardai du côté de l’adversaire; il avait, lui, l’épaule fracassée.
On le soignait.
Je pris mon pauvre ami dans mes bras. Prosper lui soutenait la tête.
En une minute, figurez-vous! je me rappelai nos bonnes années d’enfance; les récréations, les rires joyeux, les jours de sortie, les vacances!—lorsque nous jouions à la balle!...
(Tous les convives inclinèrent la tête, pour indiquer qu’ils appréciaient le rapprochement.)
D***, qui se montait visiblement, se passa la main sur le front. Il continua d’un ton extraordinaire et les yeux fixés dans le vague:
—C’était... comme un rêve, enfin!—Je le regardais. Lui ne me voyait plus: il expirait. Et si simple! si digne! Pas une plainte. Sobre, enfin. J’étais empoigné, là. Et deux grosses larmes me roulèrent dans les yeux! Deux vraies, celles-là! Oui, messieurs, deux larmes... Je voudrais que Frédérick les eût vues. Il les aurait comprises, lui!—Je bégayai un adieu à mon pauvre ami Raoul et nous l’étendîmes à terre.
Roide, sans fausse position,—pas de pose!—vrai, comme toujours, il était là! Le sang sur l’habit! Les manchettes rouges! Le front déjà très blanc! Les yeux fermés. J’étais sans autre pensée que celle-ci: Je le trouvai sublime. Oui, messieurs, sublime! c’est le mot!... Oh! tenez!—il me semble... que je le vois encore! Je ne me possédais plus d’admiration! Je perdais la tête! Je ne savais plus de quoi il était question!!! Je confondais!—J’applaudissais! Je... je voulais le rappeler...
Ici D*** qui s’était emporté jusqu’à crier, s’arrêta court, brusquement: puis, sans transition, d’une voix très calme et avec un sourire triste, il ajouta: