Tout à coup, je me rappelai mon rêve.
—A propos, m’écriai-je, mon cher abbé, il me souvient que j’ai eu cette nuit un singulier rêve,—et d’une étrangeté... comment puis-je exprimer cela? Voyons... saisissante? étonnante? effrayante?—A votre choix!—Jugez-en.
Et, tout en pelant une pomme, je commençai à lui narrer, dans tous ses détails, l’hallucination sombre qui avait troublé mon premier sommeil.
Au moment où j’en étais arrivé au geste du prêtre m’offrant le manteau, et avant que j’eusse entamé cette phrase, la porte de la salle à manger s’ouvrit. Nanon, avec cette familiarité particulière aux gouvernantes de curés, entra, dans le rayon du soleil, au beau milieu de la conversation, et, m’interrompant, me tendit un papier:
—Voici une lettre «très pressée» que le rural vient d’apporter, à l’instant, pour monsieur! dit-elle.
—Une lettre!—Déjà! m’écriai-je, oubliant mon histoire. C’est de mon père. Comment cela?—Mon cher abbé, vous permettez que je lise, n’est-ce pas!
—Sans doute! dit l’abbé Maucombe, perdant également l’histoire de vue et subissant, magnétiquement, l’intérêt que je prenais à la lettre:—sans doute!
Je décachetai.
Ainsi l’incident de Nanon avait détourné notre attention par sa soudaineté.
—Voilà, dis-je, une vive contrariété, mon hôte: à peine arrivé, je me vois obligé de repartir.