«Le cygne se tait toute sa vie pour bien chanter une seule fois.»

(Proverbe ancien.)

C’était l’enfant sacré qu’un beau vers fait pâlir.

Adrien Juvigny.

Ce soir-là, tout Paris resplendissait aux Italiens. On donnait la Norma. C’était la soirée d’adieu de Maria-Felicia Malibran.

La salle entière, aux derniers accents de la prière de Bellini, Casta diva, s’était levée et rappelait la cantatrice dans un tumulte glorieux. On jetait des fleurs, des bracelets, des couronnes. Un sentiment d’immortalité enveloppait l’auguste artiste, presque mourante, et qui s’enfuyait en croyant chanter!

Au centre des fauteuils d’orchestre, un tout jeune homme dont la physionomie exprimait une âme résolue et fière,—manifestait, brisant ses gants à force d’applaudir, l’admiration passionnée qu’il subissait.

Personne, dans le monde parisien, ne connaissait ce spectateur. Il n’avait pas l’air provincial, mais étranger.—En ses vêtements un peu neufs, mais d’un lustre éteint et d’une coupe irréprochable, assis dans ce fauteuil d’orchestre, il eût paru presque singulier, sans les instinctives et mystérieuses élégances qui ressortaient de toute sa personne. En l’examinant, on eût cherché autour de lui de l’espace, du ciel et de la solitude. C’était extraordinaire: mais Paris, n’est-ce pas la ville de l’Extraordinaire?

Qui était-ce et d’où venait-il?

C’était un adolescent sauvage, un orphelin seigneurial,—l’un des derniers de ce siècle,—un mélancolique châtelain du Nord échappé, depuis trois jours, de la nuit d’un manoir des Cornouailles.