—Ma chère Maryelle, te rappelles-tu, vaguement, l’automne dernier?
Elle eut un mouvement de tête un peu mélancolique:
—Bah! répondit-elle. L’hiver suivant, les jolies fleurs de ces deux soirs dont tu parles sont mortes sous la neige. Tiens, n’essayons pas de raviver un bouquet de sensations fanées,—ce serait nous efforcer vers un nul plaisir. Le caprice est envolé; c’est l’oiseau bleu! Laissons la cage ouverte, en souvenir, veux-tu? Restons amis.
L’heure était charmante: Maryelle venait de dire une chose aussi sensée qu’exquise; quoi de mieux possible, désormais, qu’une causerie? Elle voyait qu’en cet instant, du moins, j’avais plutôt souci du mot de son attitude nouvelle que de ses chers abandons... Cependant je me crus obligé, par une délicatesse, de prendre un air attristé quelque peu,—simple attention que tout homme bien élevé doit toujours et quand même à une créature gracieuse. Elle me devina sans doute et la sympathique alouette voulut bien se laisser prendre au miroir. Nous nous tendîmes la main en souriant:—et ce fut fini.
Et voici qu’entre deux petites gorgées de menthe blanche, m’ayant élu pour confident, sous le fallacieux peut-être, mais rassurant prétexte que je ne suis pas «comme les autres» (ce qui était à dire, en réalité, pour causer, à tout prix, de l’intime préoccupation qui l’étouffait), Maryelle me narra la suivante histoire,—après m’avoir arraché cette promesse (que je tiens en ce moment), d’en masquer l’héroïne (s’il m’arrivait d’en parler un jour), sous le loup de velours d’un impénétrable et gracieux pseudonymat.
Voici l’histoire, sans commentaires. C’est seulement sa manière d’être banale qui m’a semblé assez extraordinaire.
L’hiver dernier, au théâtre, Maryelle avait été l’objet, paraît-il, de l’attention d’un très jeune spectateur absolument inconnu du tout Paris des rues Blanche et Condorcet.
Oui, d’un enfant de dix-sept ou dix-huit ans, de mise élégante et simple, et dont la jumelle s’était plusieurs fois levée vers la loge.
Lorsque la belle Maryelle est habillée en toilette montante, il faut vous dire qu’un provincial pourra toujours la prendre pour quelque échappée d’un salon de moderne préfète.
La dangereuse créature a cela pour elle, qu’elle n’est dénuée ni d’orthographe ni d’un certain tact, grâce auquel elle devient selon les gens qui lui parlent—et assez vite pour produire l’illusion. La romance une fois commencée, elle ne détonne plus: qualité rare.