Ni souffles, ni ramages, ni fontaines en la calme horreur de ces régions. Les bengalis, eux-mêmes, s’éloignent, ici, des vieux ébéniers, ailleurs leurs arbres. Entre les décombres, accumulés dans les éclaircies, d’immenses et monstrueuses éruptions de très longues fleurs, calices funestes où brûlent, subtils, les esprits du Soleil, s’élancent, striées d’azur, nuancées de feu, veinées de cinabre, pareilles aux radieuses dépouilles d’une myriade de paons disparus. Un air chaud de mortels aromes pèse sur les muets débris: et c’est comme une vapeur de cassolettes funéraires, une bleue, enivrante et torturante sueur de parfums.
Le hasardeux vautour qui, pèlerin des plateaux du Caboul, s’attarde sur cette contrée et la contemple du faîte de quelque dattier noir, ne s’accroche aux lianes, tout à coup, que pour s’y débattre en une soudaine agonie.
Çà et là, des arches brisées, d’informes statues, des pierres, aux inscriptions plus rongées que celles de Sardes, de Palmyre ou de Khorsabad. Sur quelques-unes, qui ornèrent le fronton, jadis perdu dans les cieux, des portes de ces cités, l’œil peut déchiffrer encore et reconstruire le zend, à peine lisible, de cette souveraine devise des peuples libres d’alors:
«... et Dieu ne prévaudra!»
Le silence n’est troublé que par le glissement des crotales, qui ondulent parmi les fûts renversés des colonnes, ou se lovent, en sifflant, sous les mousses roussâtres.
Parfois, dans les crépuscules d’orage, le cri lointain de l’hémyone, alternant tristement avec les éclats du tonnerre, inquiète la solitude.
Sous les ruines se prolongent des galeries souterraines aux accès perdus.
Là, depuis nombre de siècles, dorment les premiers rois de ces étranges contrées, de ces nations, plus tard sans maîtres, dont le nom même n’est plus. Or, ces rois, d’après les rites de quelque coutume sacrée sans doute, furent ensevelis sous ces voûtes, avec leurs trésors.
Aucune lampe n’illumine les sépultures.
Nul n’a mémoire que le pas d’un captif des soucis de la Vie et du Désir ait jamais importuné le sommeil de leurs échos.