Seule, la torche du brahmine,—ce spectre altéré de Nirvanah, ce muet esprit, simple témoin de l’universelle germination des devenirs,—tremble, imprévue, à de certains instants de pénitence ou de songeries divines, au sommet des degrés disjoints et projette, de marche en marche, sa flamme obscurcie de fumée jusqu’au profond des caveaux.
Alors les reliques, tout à coup mêlées de lueurs, étincellent d’une sorte de miraculeuse opulence!... Les chaînes précieuses qui s’entrelacent aux ossements semblent les sillonner de subits éclairs. Les royales cendres, toutes poudreuses de pierreries, scintillent!—Telle la poussière d’une route que rougit, avant l’ombre définitive, quelque dernier rayon de l’Occident.
Les Maharadjahs font garder, par des hordes d’élite, les lisières des forêts saintes et, surtout, les abords des clairières où commence le pêle-mêle de ces vestiges.—Interdits de même sont les rivages, les flots et les ponts écroulés des euphrates qui les traversent.—De taciturnes milices de cipayes, au cœur de hyène, incorruptibles et sans pitié, rôdent, sans cesse, de toutes parts, en ces parages meurtriers.
Bien des soirs, le héros déjoua leurs ruses ténébreuses, évita leurs embûches et confondit leur errante vigilance!...—Sonnant subitement du cor, dans la nuit, sur des points divers, il les isolait par ces alertes fallacieuses, puis, brusque, surgissait sous les astres, dans les hautes fleurs, éventrant rapidement leurs chevaux. Les soldats, comme à l’aspect d’un mauvais génie, se terrifiaient de cette présence inattendue.—Doué d’une vigueur de tigre, l’Aventurier les terrassait alors, un par un, d’un seul bond! les étouffait, tout d’abord, à demi, dans cette brève étreinte,—puis, revenant sur eux, les massacrait à loisir.
L’Exilé devint, ainsi, le fléau, l’épouvante et l’extermination de ces cruels gardes aux faces couleur de terre. Bref, c’était celui qui les abandonnait, cloués à de gros arbres, leurs propres yatagans dans le cœur.
S’engageant, ensuite, au milieu du passé détruit, dans les allées, les carrefours et les rues de ces villes des vieux âges, il gagnait, malgré les parfums, l’entrée des sépulcres non pareils où gisent les restes de ces rois hindous.
Les portes n’en étant défendues que par des colosses de jaspe, sortes de monstres ou d’idoles aux vagues prunelles de perles et d’émeraudes,—aux formes créées par l’imaginaire de théogonies oubliées,—il y pénétrait aisément, bien que chaque degré descendu fît remuer les longues ailes de ces dieux.
Là, faisant main basse autour de lui, dans l’obscurité, domptant le vertige étouffant des siècles noirs dont les esprits voletaient, heurtant son front de leurs membranes, il recueillait, en silence, mille merveilles. Tels, Cortez au Mexique et Pizarre au Pérou s’arrogèrent les trésors des caciques et des rois, avec moins d’intrépidité.
Les sacoches de pierreries au fond de sa barque, il remontait, sans bruit, les fleuves en se garant des dangereuses clartés de la lune. Il nageait, crispé sur ses rames, au milieu des ajoncs, sans s’attendrir aux appels d’enfants plaintifs que larmoyaient les caïmans à ses côtés.
En peu d’heures, il atteignait ainsi une caverne éloignée, de lui seul connue, et dans les retraits de laquelle il vidait son butin.