—Permettez: le «Montépin», le «Hugo» même, le «du Terrail» enfin, ne se payent pas ce taux-là! réplique-t-il.

Le jeune homme se lève et, d’un ton froid:

—Je vois que M. le directeur oublie que je suis to-ta-le-ment inconnu! dit-il.

Un silence.

—Rasseyez-vous, je vous prie. Les affaires ne se traitent pas comme cela. Je ne disconviens pas que, par le temps qui court, un inconnu ne soit, en effet, un oiseau rare: toutefois...

—J’ajouterai, monsieur,—interrompt, d’un ton dégagé, l’aspirant écrivain,—que je suis, oh! mais sans l’ombre de talent, d’une absence de talent... magistrale! Ce qu’on appelle un «crétin» dans le langage du monde. Mon seul talent, c’est d’être rompu aux arcanes des boxes anglaise et irlandaise, un peu serrées.—Quant à la Littérature, je vous le déclare, c’est pour moi lettre close et scellée de sept cachets.

—Hein? s’écrie le directeur tremblant de joie,—vous vous prétendez sans talent littéraire, jeune présomptueux!

—Je suis en mesure de prouver, séance tenante, mon impéritie en la matière.

—Impossible, hélas!—Vous vous vantez!... balbutie le directeur, évidemment remué au plus secret de ses plus vieux espoirs.

—Je suis, continue l’étranger avec un doux sourire, ce qui s’appelle un terne et suffisant grimaud, doué d’une niaiserie d’idées et d’une trivialité de style de premier ordre, une plume banale par excellence.