L’eau lustrale tombe, resplendissante, dans les bassins d’or. Les captives royales, chargées d’anneaux et de bracelets d’ambre, et les saras, princesses de parfums, agenouillées au milieu des coussins, font brûler, avec des gestes sabbatiques, les poudres de myrrhe et de santal rouge, les aromates arabes, les grains d’encens mâle, sur les cassolettes émaillées de pierres de Tharsis.
Aux deux côtés du trône, les Sars-d’armées, songeant toujours à la gloire de David, regardent, par instants, luire, autour d’eux, les herrebs des anciens d’Israël, qui, à travers les batailles, supportaient l’Arche du Sabaoth,—la Barque-d’alliance, où s’entrecroisent les deux stèles de la Loi sous le rouleau de la Thora écrit de la main même de Bar-Iokabëd, le moschë sublime, le Libérateur.
Autour de l’estrade, les nègres, vêtus d’écarlate, font osciller des flabelles d’autruche, incrustées par des sardoines aux tiges de longs roseaux d’or; ils invoquent, tout bas, leur dieu Baal-Zéboub, le Seigneur des mouches.
Sur les degrés, des lynx féroces, bondissant dans leurs chaînes, veillent sur le lourd trépied d’onyx, œuvre d’Adoniram et de ses ciseleurs, où repose le sceptre d’Orient. Nul ne saurait séduire par des caresses, ni fléchir par des offrandes, les chiens mystérieux du Roi.
Entre les statues latérales, sous les candélabres à sept branches, les fleurs et les fruits de l’Hermon s’écroulent dans les porphyres. La table, chargée des présents de la reine Makédeïa, l’enchanteresse venue de la saba libyenne pour proposer des similitudes au roi de la Judée, ploie sous les coupes précieuses, les pannags de la Samarie, les herbes amères, les gazelles, les paons, les cédrats, les pains de proposition, les oiseaux et les buires de vins de Chanaan.
Sur un siège de cèdre, aux pieds des chroubïm lumineux du Trône et entouré de ses rudes guibborim, est assis, voûté, pâle et sans boire, et le glaive sur les genoux, le Sar-des-gardes Ben-Jëhu. C’est l’antique exécuteur du rebelle Adônia, ce frère du Maître, préféré d’Abischag-la-Sulamite;—c’est le grand serviteur militaire, le meurtrier d’Ébyathar et du sar Simëi! et de Joab, le vieux Pontife!—c’est le vivant herrëb du Roi, celui qui frappe les victimes désignées, même suspendues, avec des mains suppliantes, aux coins de l’Autel.
Auprès de lui, debout, le front éclairé par la torche d’une statue, se tient muet, les mains crispées sur les bras et comme attendant quelque moment obscur, l’héritier d’Israël, l’impolitique fils de Naëma la princesse ammonite, le funeste Réhabëam, qui ne doit régner que sur Juda.
Au loin, sur les tapis du trône sont étendues deux très jeunes vierges de Millô, deux schoschannas, destinées aux encensements dans les cryptes souterraines du Temple devant la Pierre fondamentale, l’Ebën-Schëtiya, que ne touchèrent pas les eaux du Déluge. Entre elles est assis, vêtu de pourpre noire fleurie d’or, le prince Hayëm, l’adolescent olivâtre, le baalkide aux cheveux tressés, l’énigmatique rejeton que la reine du Sud, dès son retour en Libye, avait envoyé au beau Sage, seigneur des Hébreux, en accompagnant ce fils d’une suite d’éléphants chargés d’arbustes, d’étoffes, d’essences, d’aromates et de pierres brillantes. Hayëm, d’une voix très basse, chantonne un chant inconnu! Et quand les syllabes découvrent, entre ses rouges lèvres, ses dents, celles-ci sont toutes pareilles à celles de la pâle épousée du Sir-Hasirim, blanches comme des brebis sortant du bain.
Autour de la table se tient debout, mangeant comme les pèlerins, l’assemblée étincelante des Sophêtim, patriarches de la Sagesse.
Derrière eux resplendissent les Industriels de l’or d’Ophir, les Négociants des Vingt-villes de Schabul, les Ambassadeurs de la mécontente Idumée,—les Envoyés de Zour, et le Collège des docteurs de Saddoc.