Toutes les tribus, toutes les montagnes d’Israël ont livré leurs richesses. Les grenades du mont Sanir, les gâteaux de raisins de Cypre, les grappes de troène du Galaad, les dattes et les mandragores d’En-gaddi débordent les aiguières.

Là-bas, près des gradins de cette terrasse jusqu’où montent les feuillages d’Étham,—au centre d’un groupe de guerriers du pays d’Ézion-Güéber, avec lesquels il boit, en riant, le vin de Hébron,—un élancé jeune homme à l’armure de cuir parfumé, au visage de femme et vêtu en Sar-des-cavaleries, parle, en étendant la main vers l’horizon. C’est le favori du palais de Millô,—l’ennemi!—le futur diviseur du royaume de Dieu, le subtil Iarobëam qui doit régner sur Israël et qui, déjà, s’enquiert, sans se laisser distraire par la fête, des frontières d’Éphraïme.

Mais, voici: les Musiciennes des Chants-défendus, objuratrices d’amour, inviolées comme le lis de leurs seins, s’avancent, pâles sous leurs pierreries, au son des kinnors, des tymbrils et des cymbales. Soudain cessent les cantiques des chanteuses de la tribu d’Issachar et les harpes.

Parées d’étoffes sombres et le bandeau de perles au front, les Femmes-du-second-rang s’accoudent, avec des poses abandonnées, sur les lits de pourpre,—et, lorsqu’elles respirent leurs sachets de besham, tintent les clochettes d’argent qui brodent la frange de leurs syndônes.

Au loin, les Charmeuses-nephtaliennes, aux tresses rousses, les vierges de la Palestine, les Hébreuses, blanches comme les narcisses de Schârons, les courtisanes sacrées venues de la Babylonie, nageuses dorées de l’Euphrate, les Sulamites, plus hâlées que les tentes du Cédar, les Thébaïennes, aux lignes déliées, au teint d’un rouge sombre,—suivantes, autrefois, de l’épouse morte du roi Mage, de la fille de Psousennès, le pharaon,—enfin, les Iduméennes, filles de délices, fleurs-vives de la sauvage contrée aux brunes irisées qu’à peine peut percer, de nuit, le feu des étoiles, dansent, au nombre de trois mille, en agitant des voiles tyriens, des herrebim, des reptiles et des guirlandes, devant l’Élu magnifique de la Judée, le Maçon du Seigneur.

Mais le troisième côté de la Salle donne sur la Nuit. Il plonge dans l’obscurité ses esplanades désertes au-dessus des régions de Josaphat.

Et voici que l’épaule du Médiateur a tressailli sous la main du Roi, car les ombres de la plate-forme solitaire deviennent, d’instant en instant, plus solennelles; elles s’épaississent et s’émeuvent comme sous l’action d’un soudain prodige.

A l’aspect des tourbillons précurseurs des épouvantements, le Grand-ministre détourne sa face de marbre vers les femmes terrifiées et vers les guerriers pâles; il s’écrie:

—Prêtres, ravivez la flamme-septénaire des Chandeliers d’or! Qu’on allume les sept-Chandeliers des conjurations funèbres.—De vaines fumées, tout à l’heure, vont apparaître, qui se dissiperont d’elles-mêmes si on ne les interroge pas. Que les nuages de vos encensoirs, ô filles de Judée, vous épargnent les obsessions inquiètes des Esprits de l’éternelle Limite! Exultez, avant que l’Heure vous rappelle au sein de la terre.