Il dit. Et la fête reprend son allégresse: on défie les sortilèges de l’Assyrie! ses mages noirs avaient-ils su délivrer, avant l’heure, Nëbou-Kudurri-Ousour, son roi,—son roi, visionnaire de baalïm d’or aux pieds d’argile,—qui, marqué d’une réprobation d’Èlohim, erra, sept années, sous le poil bestial, loin de son opulence, à travers ces diluviennes forêts qui enserrent l’immense Schëunaar-aux-quatre-fleuves?—Les danses de Maha-Naïm secouent leurs palmes en fleur, les coupes scintillent; les Nephtaliennes entrelacent les éclairs de leurs javelots rassemblés, font siffler leurs colliers de serpents; les torches jettent des reflets de sang sur les chevelures; des cris d’amour, des hymnes idolâtres retentissent vers le Pacifique!... Soudain, en mémoire de Jéricho, les Capitaines des cavaliers de Sodome font sonner sept fois leurs tubals de fer, et les Rhoïms couronnés d’hysope, les Cohènes de la souveraine-Sacrificature, en longs vêtements blancs, apparaissent, précédant l’Agneau-pascal.
Alors le feu de l’ivresse envahit la multitude étincelante! On maudit le nom de l’horrible statue qui, frappée du soleil, appelait, aux travaux des Pharaons, les ancêtres,—lorsque, accédant à la menace, levée sur eux toujours, de ces roseaux brûlants que dévora le bâton de l’Échappé-des-eaux, ils se résignaient à creuser, sur le granit rose des pyramidions, malgré la défense des Livres-futurs,—malgré la prohibition du Lévitique!—les simulacres des ibis, des criosphynx, des phœnix et des licornes, êtres en horreur au Saint-des-saints, ou, en durs hiéroglyphes, les hauts faits, (nombreux comme le sable, évanouis comme lui), et les noms d’abomination de ces dynasties oubliées filles de Menès le Ténébreux. On maudit les oignons du salaire, les levains du pain de Memphis. Malgré l’alliance avec le roi Nëchao, les Plaies sont évoquées dans les acclamations.
On heurte les cymbales sacrées, prises au trésor du Temple, les cymbales de triomphe que portait la vieille sœur d’Aaron, lorsque, sous ses cheveux gris, elle dansait, ivre de la colère de Dieu, devant l’armée, sur les rivages de la mer. Des poignées de roses sont lancées par les gamaddim à la face des idoles abjurées. Les eunuques simulent des menaces dérisoires contre les Égyptiens; un rugissement de délivrance et de joie, pareil au murmure lointain du tonnerre, passe, dans les nuées, au-dessus de Hiérouschalaïm.
Cependant le Grand-Initié, ayant une seconde fois relevé la tête et considéré, plus attentif, le caractère des ombres, est devenu soucieux.
La flamme des sept-Chandeliers qui brûlent, espacés, devant l’esplanade, s’est renversée contre l’assemblée: les sept langues de feu, recourbées en arrière sur leurs tiges d’or, palpitent, allongées et haletantes, avec un bruit de fléaux.
Les serpents des Nephtaliennes se sont dénoués et se cachent dans les replis des chevelures. Les lynx, maintenant blottis autour du vieillard redouté, le regardent, inquiets et pleins de grondements.
Mais lui s’efforce de pénétrer le sens des présages: croisant ses phylactères sacerdotaux sur les plis de son pallah d’hyacinthe, il délibère. Vainement il a consulté, d’un regard, les téraphim mystérieux; avec le son de l’or vierge les lames révélatrices se sont brisées.
Sur l’épaule du Médiateur est demeurée la main radieuse du Roi. Les yeux de Helcias la rencontrent: il voit l’Anneau, le joyau-d’Alliance où s’allume la première clavicule, la clef-cruciale, figure de l’Abîme partagé en quatre voies.
Le puissant pantacle est entouré par la forme même de l’Anneau. Il est emprisonné dans l’éclair de l’Anneau, figure du Cercle-universel.