Et les formes humaines s’effacent sous les statues.

Tout à coup, sur la trame crépusculaire de l’espace, transparaît le Violateur de la Vie, le Visiteur-aux-mains-éteintes!... Il est debout sur l’esplanade devant les Sept-Chandeliers; il tressaille et flamboie. Ses bras fluides sont chargés de ruissellements d’orage. Ses yeux d’aurores boréales s’abaissent sur la fête; sa chevelure, que le vent n’ose effleurer, couvre ses épaules surnaturelles, comme le feuillage des saules sur les eaux d’argent, la nuit;—déjà les dalles se fendent sous la glace des pieds nus du mélancolique Azraël!—Et, à travers le crêpe de ses six ailes qui tremblent encore sur l’horizon, les astres ne sont plus que des points rouges, des charbons fumant çà et là dans les abîmes.

Instantanément les lambris d’ivoire se ternissent comme sous le poids des siècles.

Les ouvertures des draperies tendues entre les colonnes par les torsades de bronze laissent passer tristement, dans la Salle, un long triangle de clarté.

Le croissant glisse entre les nuées du ciel, illuminant, parmi des groupes confus, la face pâle d’un sophet, étendu dans ses vêtements sacerdotaux.

Par instants, une escarboucle jette sa lueur livide; des chevelures, des cymbales d’or, des voiles, des blancheurs éparses scintillent; ce sont les musiciennes entrelacées, qui n’ont pas jeté de plaintes.

Aux pieds des lits de pourpre, contre le gland des coussins, sur les tapis, des pierreries brûlent, isolées.

Et là-bas, perdu sous les profondeurs des colonnades, un lynx, ayant au cou le tronçon de sa chaîne, hurle, vacillant, sur les épaules d’une statue.—Il tombe; sa chute résonne un moment, puis s’étouffe... C’est le dernier bruit.

Tout s’ensevelit dans la solennité des noirs silences, dans le sommeil sans rêves.