Le Mage n’est que par accident où il paraît être. Il ne connaît plus les désirs, les terreurs, les plaisirs, les colères, les peines. Il voit; il pénètre. Dispersé dans les formes infinies, lui seul est libre. Parvenu à ce degré suprême d’impersonnalité qui l’identifie à ce qu’il contemple, il vibre et s’irradie en la totalité des choses.
Salomon n’est plus dans l’Univers que comme le jour est dans un édifice.
Où sont, à présent, les danses du Bourg-de-Volupté? les éclats des cymbales? le bourdonnement des lyres?... Un souffle a dissipé ce rêve.
On étouffe, on chancelle sur les tapis sombres, on assiège le Trône.
Ben Jëhu, le sar-des-gardes, a fait un signe: ses guibborim vont tendre leurs lances d’airain contre la foule...
Mais les lynx invulnérables grondent; leurs trente-trois têtes forment une hydre pareille à la queue d’un paon qui se déploie: on recule; la frayeur distend toutes les prunelles.
Aveuglés par l’ivresse des consternations subites, les convives ne se sont pas aperçus de ce qui se passe autour d’eux. Pourtant sur eux pèse une influence souveraine.
Insensiblement les torches ont pâli: les glaives ont perdu leurs reflets; les parfums des encensoirs sont devenus amers; l’eau du Temps mortel a cessé de couler des horloges; les rumeurs ne trouvent plus dans l’air ni vibrations, ni échos.—Voici: des chuchotements, par milliers, et, cependant, très distincts, se répondent; la foule hurlante semble parler à voix basse.
Une intensité croissante d’obscurité a suffoqué les lampes, les torches, les lumières; on se heurte dans des vagues de brouillard: le palais de Salomon, depuis la base jusqu’au faîte, semble enveloppé de cette brume qui, au pied du granitique Nébo, couvre la mer Morte.