Bref, nous constatons et affirmons, nous, que plus une œuvre dramatique secoue la torpeur publique, provoque d’enthousiasmes, enlève d’applaudissements et fait de bruit autour d’elle, plus les lauriers et les myrtes l’environnent, plus elle fait répandre de larmes et pousser d’éclats de rire, plus elle exerce,—pour ainsi dire, de force,—une action sur la foule, plus elle s’impose, enfin,—plus elle réunit, par cela même, les symptômes ordinaires du chef-d’œuvre et plus elle mérite, par conséquent, la GLOIRE. Nier cela, serait nier l’évidence. Il ne s’agit pas ici d’ergoter, mais de se baser sur des faits et des choses stables; nous en appelons à la conscience du Public, lequel, Dieu merci! ne se paye plus de mots ni de phrases. Et nous sommes sûr qu’il est, ici, de notre avis.

Cela posé, y a-t-il un accord possible entre les deux termes (en apparence incompatibles) de ce problème (de prime abord insoluble): Une pure machine proposée comme moyen d’atteindre, infailliblement, un but purement intellectuel?

Oui!...

L’Humanité (il faut l’avouer), antérieurement à l’absolue découverte du baron, avait, même, déjà trouvé quelque chose d’approchant: mais c’était un moyen terme à l’état rudimentaire et dérisoire: c’était l’enfance de l’art! le balbutiement!—Ce moyen terme était ce qu’on appelle encore de nos jours, en termes de théâtre, la «Claque».

En effet, la Claque est une machine faite avec de l’humanité, et, par conséquent, perfectible. Toute gloire a sa claque, c’est-à-dire son ombre, son côté de supercherie, de mécanisme et de néant (car le Néant est l’origine de toutes choses), que l’on pourrait nommer, en général, l’entregent, l’intrigue, le savoir-faire, la Réclame.

La Claque théâtrale n’en est qu’une subdivision. Et lorsque l’illustre chef de service du théâtre de la Porte-Saint-Martin, le jour d’une première représentation, a dit à son directeur inquiet: «Tant qu’il restera dans la salle un de ces gredins de payants, je ne réponds de rien!» il a prouvé qu’il comprenait la confection de la Gloire!—Il a prononcé des paroles véritablement immortelles! Et sa phrase frappe comme un trait de lumière.

O miracle!... C’est sur la Claque,—c’est sur elle, disons-nous, et pas sur autre chose,—que Bottom a puissamment abaissé son coup d’œil d’aigle! Car le véritable grand homme n’exclut rien: il se sert de tout en dépassant le reste.

Oui! le baron l’a régénérée, sinon innovée, et il la fera, enfin, sanctionner, pour nous couvrir de l’expression même des journaux.

Qui donc, surtout parmi le gros du public, a pénétré les mystères, les ressources infinies, les abîmes d’ingéniosité de ce Protée, de cette hydre, de ce Briarée qu’on appelle la Claque?

Il est des personnes qui, avec le sourire de la suffisance, pourront trouver à propos de nous objecter que: 1o La Claque dégoûte les auteurs; 2o qu’elle ennuie le Public; 3o qu’elle tombe en désuétude.—Nous allons, simplement, leur prouver, à l’instant même, que, si elles nous disent des choses pareilles, elles auront perdu une occasion de se taire qu’elles ne retrouveront peut-être jamais.