Ils ont quinze ans tous les deux!

C’est un premier rendez-vous! C’est une page de l’idylle éternelle! Comme ils doivent trembler de joie l’un et l’autre! Salut, innocence divine! souvenir! fleurs ravivées!

—Paul! mon cher cousin!

—Donnez-moi votre main à travers la grille, Virginie. Oh! mais est-elle jolie, au moins! Tenez, c’est un bouquet que j’ai cueilli dans le jardin de papa. Il ne coûte pas d’argent, mais c’est de cœur.

—Merci, Paul.—Mais comme il est essoufflé! Comme il a couru!

—Ah! c’est que papa a fait une affaire, aujourd’hui, une affaire très belle! Il a acheté un petit bois à moitié prix. Des gens étaient obligés de vendre vite; une bonne occasion. Alors, comme il était content de la journée, je suis resté avec lui pour qu’il me donnât un peu d’argent; et puis je me suis pressé pour arriver à l’heure.

—Nous serons mariés dans trois ans, si vous passez bien vos examens, Paul!

—Oui, je serai un avocat. Quand on est un avocat, on attend quelques mois pour être connu. Et puis, on gagne, aussi, un peu d’argent.

—Souvent beaucoup d’argent!

—Oui. Est-ce que vous êtes heureuse au pensionnat, ma cousine?