—Certes! appuya C***, tranquillement. Courtisez plutôt la belle Susannah qui se meurt à votre sujet; vous économiserez un rhume,—et vous vous en consolerez en gaspillant un ou deux millions. Contemplez, écoutez et décidez.

—Messieurs, je vous avouerai que je suis aveugle et sourd le plus souvent que Dieu me le permet! dit le baron Saturne.

Et il accentua cette énormité inintelligible de manière à nous plonger dans les conjectures les plus absurdes. Ce fut au point que j’en oubliai l’étincelle en question! Nous en étions à nous regarder, avec un sourire gêné, les uns les autres, ne sachant que penser de cette «plaisanterie», lorsque, soudain, je ne pus me défendre de jeter une exclamation: je venais de me rappeler j’avais vu cet homme pour la première fois!

Et il me sembla, brusquement, que les cristaux, les figures, les draperies, que le festin de la nuit s’éclairaient d’une mauvaise lueur, d’une rouge lueur sortie de notre convive, pareille à certains effets de théâtre.

Je me passai la main sur le front pendant un instant de silence, puis je m’approchai de l’étranger:

—Monsieur, chuchotai-je à son oreille, pardonnez si je fais erreur... mais—il me semble avoir eu le plaisir de vous rencontrer, il y a cinq ou six ans, dans une grande ville du midi,—à Lyon, je suppose?—vers quatre heures du matin, sur une place publique.

Saturne leva lentement la tête et, me considérant avec attention:

—Ah! dit-il, c’est possible.

—Oui! continuai-je en le regardant fixement aussi.—Attendez donc! Il y avait même, sur cette place, un objet des plus mélancoliques, au spectacle duquel je m’étais laissé entraîner par deux étudiants de mes amis—et que je me promis bien de ne jamais revoir.

—Vraiment! dit M. Saturne. Et quel était cet objet, s’il n’y a pas indiscrétion?