Maintenant les vierges s’inquiétaient. On leur avait distribué les lames saintes, suspendues, depuis des siècles, dans les temples.—«Pour qui ces épées!» demandaient-elles. Et leurs regards, doux encore, allaient du miroitement des glaives nus aux yeux plus froids de ceux qui les avaient engendrées. On leur souriait par respect,—on les laissait dans l’incertitude des victimes, on leur apprendrait, au dernier instant, que ces épées étaient pour elles.
Tout à coup, les enfants poussèrent un cri. Leurs yeux avaient distingué quelque chose au loin. Là-bas, à la cime déjà bleuie du mont désert, un homme, emporté par le vent d’une fuite antérieure, descendait vers la Ville.
Tous les regards se fixèrent sur cet homme.
Il venait, tête baissée, le bras étendu sur une sorte de bâton rameux,—coupé au hasard de la détresse, sans doute,—et qui soutenait sa course vers la porte spartiate.
Déjà, comme il touchait à la zone où le soleil jetait ses derniers rayons sur le centre de la montagne, on distinguait son grand manteau enroulé autour de son corps; l’homme était tombé en route, car son manteau était tout souillé de fange, ainsi que son bâton. Ce ne pouvait être un soldat: il n’avait pas de bouclier.
Un morne silence accueillit cette vision.
De quel lieu d’horreur s’enfuyait-il ainsi?—Mauvais présage!
—Cette course n’était pas digne d’un homme. Que voulait-il?
—Un abri?... On le poursuivait donc?—L’ennemi, sans doute?—Déjà!—déjà!...
Au moment où l’oblique lumière de l’astre mourant l’atteignit des pieds à la tête, on aperçut les cnémides.