Un vent de fureur et de honte bouleversa les pensées. On oublia la présence des vierges, qui devinrent sinistres et plus blanches que de véritables lis.

Un nom, vomi par l’épouvante et la stupeur générales, retentit. C’était un Spartiate! un des Trois-Cents! On le reconnaissait.—Lui! c’était lui! Un soldat de la ville avait jeté son bouclier! On fuyait! Et les autres? Avaient-ils lâché pied, eux aussi, les intrépides?—Et l’anxiété crispait les faces.—La vue de cet homme équivalait à la vue de la défaite. Ah! pourquoi se voiler plus longtemps le vaste malheur! Ils avaient fui! Tous!... Ils le suivaient! Ils allaient apparaître d’un instant à l’autre!... Poursuivis par les cavaliers perses!—Et, mettant la main sur ses yeux, le cuisinier s’écria qu’il les apercevait dans la brume!...

Un cri domina toutes les rumeurs. Il venait d’être poussé par un vieillard et une grande femme. Tous deux, cachant leurs visages interdits, avaient prononcé ces paroles horribles: «Mon fils!»

Alors, un ouragan de clameurs s’éleva. Les poings se tendirent vers le fuyard.

—Tu te trompes. Ce n’est pas ici le champ de bataille.

—Ne cours pas si vite. Ménage-toi.

—Les Perses achètent-ils bien les boucliers et les épées?

—Ephialtès est riche.

—Prends garde à ta droite! Les os de Pélops, d’Héraklès et de Pollux sont sous tes pieds.—Imprécations! Tu vas réveiller les mânes de l’Aïeul,—mais il sera fier de toi.

—Mercure t’a prêté les ailes de ses talons! Par le Styx, tu gagneras le prix, aux Olympiades!