A cette parole, on vit les jeunes filles de Lacédémone incliner le front sur leurs poitrines, et, serrant dans leurs bras les épées portées par les rois libres dans les âges reculés, elles versèrent des larmes en silence.

Elles enrichissaient, de ces pleurs héroïques, la rude poignée des glaives. Elles comprenaient et se vouaient à la mort, pour la patrie.

Soudain, l’une d’entre elles s’approcha, svelte et pâle, du rempart: on s’écarta pour lui livrer passage. C’était celle qui devait être un jour l’épouse du fuyard.

—Ne regarde pas, Séméïs!... lui crièrent ses compagnes.

Mais elle considéra cet homme et, ramassant une pierre, elle la lança contre lui.

La pierre atteignit le malheureux: il leva les yeux et s’arrêta. Et alors un frémissement parut l’agiter. Sa tête, un moment relevée, retomba sur sa poitrine.

Il parut songer. A quoi donc?

Les enfants le contemplaient; les mères leur parlaient bas, en l’indiquant.

L’énorme et belliqueux cuisinier interrompit son labeur et quitta son pilon. Une sorte de colère sacrée lui fit oublier ses devoirs. Il s’éloigna de la cuve et vint se pencher sur une embrasure de la muraille. Puis, rassemblant toutes ses forces et gonflant ses joues, le vétéran cracha vers le transfuge. Et le vent qui passait emporta, complice de cette sainte indignation, l’infâme écume sur le front du misérable.

Une acclamation retentit, approbatrice de cette énergique marque de courroux.