—La passion l’avait emporté;—l’âge, peut-être!
On rit beaucoup.—L’introducteur du phylloxera, qui, pendant le festin, avait fait des mamours à madame Lecastelier, ne tarissait pas en épigrammes:
—Ah! ah! En vérité!... Un plus beau!—Et comment cela?—Oui, comment cela?... La chose était des plus gaies!
Il ne tarissait pas.
Me Percenoix se tenait les côtes.
Cet incident termina joyeusement le banquet. Portant aux nues l’amphitryon, les convives, bras dessus bras dessous, s’élancèrent à la débandade hors de la maison, précédés des lanternes de leurs domestiques. Ils n’en pouvaient plus de rire devant l’idée saugrenue, présomptueuse même, et qui ne pouvait se discuter, de vouloir donner «un plus beau dîner que le plus beau dîner du monde».
Ils passèrent ainsi, fantastiques et hilares, dans la haie qui les avait attendus à la porte pour avoir des nouvelles.
Puis—chacun rentra chez soi.
Me Lecastelier eut une indigestion épouvantable. On craignit pour ses jours. Et Percenoix, qui ne «voulait pas la mort du pécheur», et qui, d’ailleurs, espérait encore jouir, l’année suivante, du fiasco que ferait, nécessairement, son collègue, envoyait quotidiennement prendre le bulletin de la santé du digne tabellion. Ce bulletin fut inséré dans la feuille départementale, car tout le monde s’intéressait au pari imprudent: on ne parlait que du dîner. Les convives ne s’abordaient qu’en échangeant des mots à voix basse. C’était grave, très grave: l’honneur de l’endroit était en jeu.
Pendant toute l’année, Me Lecastelier se déroba aux questions. Huit jours avant l’anniversaire, ses invitations furent lancées. Deux heures après la tournée matinale du facteur, ce fut un branle-bas extraordinaire dans la ville. Le sous-préfet crut immédiatement de son devoir de renouveler la tournée des amers, par esprit d’équité.