—Monsieur le constable, a-t-il dit en se levant, j'ai jugé opportun d'immoler cet homme, son autopsie immédiate pouvant me révéler un secret salutaire pour le dégénérescent arbre aérien de l'espèce humaine: c'est pourquoi je n'ai pas hésité, je l'avoue, À SACRIFIER, ICI, MA CONSCIENCE... À MON DEVOIR.

Inutile d'ajouter que l'illustre docteur a été relaxé sous caution purement formelle, sa liberté nous étant plus utile que sa détention. Cette étrange affaire va maintenant venir aux assises britanniques. Ah! quelles merveilleuses plaidoiries l'Europe va lire!

Tout porte à espérer que ce sublime attentat ne vaudra pas à son héros la potence de Newgate, les Anglais étant gens à comprendre, tout comme nous, que l'amour exclusif de l'Humanité future au parfait mépris de l'Individu présent, est, de nos Jours, l'unique mobile qui doive innocenter, quand même, les magnanimes outranciers de la Science.

LES PHANTASMES DE M. REDOUX

À MONSIEUR RODOLPHE DARZENS

LES PHANTASMES DE M. REDOUX

Ce n'est pas qu'on soit bon, on est content.

Xavier Aubryet.

Par un soir d'avril de ces dernières années, l'un des plus justement estimés citadins de Paris, M. Antoine Redoux,—ancien maire d'une localité du centre,—se trouvait à Londres, dans Baker-street.

Cinquantenaire jovial, doué d'embonpoint, nature «en dehors»,—mais esprit pratique en affaires,—ce digne chef de famille, véritable exemple social, n'échappait cependant pas plus que d'autres, lorsqu'il était seul et s'absorbait en soi-même, à la hantise de certains phantasmes qui, parfois, surgissent dans les cervelles des plus pondérés industriels. Ces cervelles, au dire des aliénistes, une fois hors des affaires sont des mondes mystérieux, souvent même assez effrayants. Si donc il arrivait à M. Redoux, retiré en son cabinet, d'attarder son esprit en quelqu'une de ces songeries troubles,—dont il ne sonnait mot à personne,—la «lubie» parfois étrange, qu'il s'y laissait aller à choyer, devenait bientôt despotique et tenace au point de le sommer de la réaliser. Maître de lui, toutefois, il savait la dissiper (avec un profond soupir!), lorsque la moindre incidence de la vie réelle venait, de son heurt, le réveiller;—en sorte que ces morbides attaques ne tiraient guère à conséquence;—néanmoins, depuis longtemps, en homme circonspect, se méfiant d'un pareil «faible», il avait dû s'astreindre au régime le plus sobre, évitant les émotions qui pouvaient susciter en son cerveau le surgir d'un dada quelconque. Il buvait peu, surtout! crainte d'être emporté, par l'ébriété, jusqu'à RÉALISER, en effet, alors, telle de ces turlutaines subites dont il rougissait, en secret, le lendemain.