À ce céleste charivari se limitaient, d'ailleurs, les ressources de leur savoir-faire.—Une fois, en effet, un grand aigle avait effleuré, de son aile terrible, le sommet de leur habitacle: incident qui les avait comblés d'une telle épouvante qu'ils en gardèrent le silence durant deux heures.

L'aigle, familier des rumeurs fulgurales, s'était approché, surpris des insolites éclats de leur tempête; puis, les ayant entrevus, avait poussé un cri dédaigneux et s'était enfoncé dans l'espace.

Or, ce cri, les perroquets l'avaient remarqué, l'avaient médité! Il n'était pas tombé en des oreilles de sourds!... Et, quelque temps après, ils avaient essayé, à leur tour, de pousser de terrifiants cris d'aigles planant sur des proies.

—Ah! ce fut un beau jour, celui-là, pour les hôtes de cette Île singulière! Quel jubilé! Une trêve sembla conclue avec le ciel jusqu'alors inclément. C'est que, si les animaux peuvent être assez facilement abusés sur les bruits de la nature, en revanche ils discernent à merveille, entre eux, l'en-dedans de leurs voix, en reconnaissent le timbre intime: comment donc, cette fois, eussent-ils été dupes une seconde? En la candeur de leur instinct, ils s'étaient dit, tout bonnement, en langue obscure:

—Tiens, les perroquets sont dehors: il fera beau, cejourd'hui!

Aussi, toute la journée, pendant que nos emplumés sycophantes s'épuisaient à contrefaire les clameurs d'imminents aigles aux serres ouvertes se précipitant, farouches, sur toutes les têtes, l'on s'était,—sans même s'apercevoir du sujet de ces exercices,—enivré de soleil, d'herbées, de rosée et de fleurs.

Une autre fois, les perroquets avaient voulu se faire les échos du rugissement, monté jusqu'à leur olympe, d'un sauvage lion des lointains, qui gourmandait sans doute le tonnerre de gronder de si saugrenue façon.

Notre aréopage, hélas! avait constaté, en cette nouvelle tentative, un insuccès égal, pour le moins, au précédent. Les affamés et féroces rugissements que les gosiers des plus hargneux kakatoës et des plus monstrueux aras s'efforçaient de produire, rassuraient, au contraire, délicieusement, comme simples pronostics de beau fixe, les plus pusillanimes d'entre les autres animaux. Il eût fallu voir ceux-ci s'ébattre encore, paisiblement, sous les ramures, en cette heureuse matinée,—mêlant leurs jeux et leurs amours! L'on paissait à loisir; la vie semblait charmante; c'était une résurrection.

Les perroquets, donc, en étaient revenus bien vite à leur orage, dont ils étaient plus sûrs et qu'ils falsifiaient en virtuoses, ayant eu le temps de le mieux étudier que le cri de l'aigle et le rugissement du lion, lesquels,—après tout,—n'intéressaient personne. L'on s'en tint là!... De temps à autre, l'on risquait bien quelque petit ressouvenir,—mais de si brève durée que les bêtes n'en ressentaient qu'en sursauts déçus les effets bienfaisants.

L'Île fut donc replongée dans la désolation. Il semblait que le ciel ne décolérât pas. On gémissait des imaginaires intempéries que suggéraient sans trêve les talentueux jacquots, plagiaires et travestisseurs-jurés de la foudre. Une morne résignation pesait sur les organismes. Les perroquets, en étant même arrivés à ce degré de perfection de se démarquer les uns les autres, l'effet d'ensemble, dans l'imitation générale, était littéralement sans défaut. C'était l'Égalité même. De plus, leur stagnance empestait la région. L'Île n'était plus tenable. Plusieurs d'entre les plus jeunes des bêtes se réfugiaient dans le suicide, ce qui ne s'était jamais vu.