Ayant transporté la pirogue sur le bord avancé des rocs, au-dessus du courant sauveur indiqué par le défunt, ils avalèrent, à la hâte, l'autre moitié de leur fameux topique, se coulèrent dans la pirogue, rabattirent sur eux le couvercle hermétique et, d'un vigoureux balancement intérieur, s'envoyèrent en plongeon dans la mer, entraînant la corde et son lest central.
Trente-cinq heures après, l'embarcation heurtant, à coups redoublés, les roches de leur île, réveilla les dormeurs en sursaut: la pirogue s'étant brisée, ils prirent un bain peut-être involontaire, mais revivifiant, et remontèrent chez leurs semblables—où, les larmes aux yeux et troublés à jamais de ce qu'ils avaient entrevu là-bas—ils narrèrent l'aventure.
Cette fois, le roi décréta la peine de mort contre tout père de famille qui oublierait, à l'avenir, de «cônifier le crâne de ses enfants».
En sorte que—quand (il y a déjà plusieurs années) le capitaine Coupdevent des Bois, ayant découvert cette île, s'aventura, suivi d'une forte escorte, au milieu de cette peuplade polie en sa médiocrité sagace, il aperçut, en la capitale de cette île, au centre même de la grande place des Huttes, une sorte de monument grossier, construit en bois et en pierres, et bariolé d'une inscription.
Lorsque l'interprète put enfin se faire comprendre, l'état-major et même les marins de l'équipage (auxquels fut contée l'histoire) tombèrent, durant quelques instants, dans un étonnement rêveur, en apprenant que l'inscription signifiait: À la mémoire de Tomolo Ké Ké, massacré par les sauvages.
AUX CHRÉTIENS LES LIONS!
À MONSIEUR TEODOR DE WYZEWA
«Sache tenir ton âme devant le seigneur-à-grosse-tête.»
Proverbe arabe.