Après deux ou trois clins de paupières, je me reconnus en une vaste salle, où m'apparurent des tables désertes, avec leurs bancs. À droite, et bien au fond, dans l'angle, assis à une manière de comptoir, l'hôtelier, face farouche, au poil roux,—l'encolure d'un taureau,—me regardait. Je jetai mon bâton sur une table, posai mon chapeau sur le paquet, puis m'assis et m'accoudai, me tamponnant le front de mon mouchoir.
—De votre vieux cru et de l'eau fraîche! demandai-je.
Et je me remis à songer, en considérant d'assez beaux lauriers-roses, plantés en de gros vases peinturlurés, aux encoignures des fenêtres.
—Voici! me dit bientôt l'hôtelier en venant placer auprès de moi la bouteille, la carafe et le verre.
Comme je buvais:
—Monsieur est artiste? murmura-t-il en m'examinant et d'une voix qu'il essayait en vain d'adoucir.
J'inclinai vaguement la tête pour lui complaire et briser là; mais il reprit:
—Et, sans doute, alors, monsieur voyage dans le Midi... pour voir les curiosités?
Nouveau mouvement de tête affirmatif, de ma part, mais, cette fois, en envisageant mon homme.
—Ah?... dit-il.—Eh bien! je puis vous en montrer une, de curiosité, moi, monsieur, si vous voulez... et pas loin d'ici! Et qui vaut la peine d'être vue! Quant au salaire, ce que monsieur voudra.