Ce disant il est descendu, et, lorsque son acolyte l'a remplacé:

«Placez-vous de biais. Glissez la tête et le bras au dehors, sur le toit. Bien. Voici l'arc: passez-le,—de biais, toujours,—au dehors: puis, le tenant, par le centre, de la main gauche, posez-le à plat sur le toit.—Là!... Voici, maintenant, la flèche.

«Du calme, ici. En la prenant de votre main droite, en la passant au dehors, en la couchant sur l'arc, il s'agit d'éviter qu'elle se heurte à quoi que ce soit, le piston de bois contenant quelque chose de sensible... Là! Bien.—Vous retenez, sous votre index gauche, le milieu de cette flèche sur le centre de l'arc, en ajustant, de votre main droite, sur la corde, l'encoche de verre. Serrant fortement, du pouce, le quadrillé, vous vous penchez au dehors et vous tendez l'arc, de toutes vos forces, jusqu'à ce que la naissance du piston touche le centre de l'arc.—Visez l'un des points lumineux, là-bas: elle arrivera toujours dans les environs, ce qui suffit! Là! Vous tenez la nuit; penchez-vous largement sur elle, au dehors: ne craignez pas de tomber, j'entoure vos jambes de mes bras et je m'y suspends!... L'heure sonne!—Envoyez.»

Oui, tel serait le discours que tiendrait sans doute le mécréant,—et, si la prétendue toute-puissance de ce brûlot n'était pas exagérée à plaisir, si cette panclastite pouvait être conditionnée à l'hydrogène, par exemple—(ce qui est radicalement IMPOSSIBLE dans l'état actuel de nos connaissances, puisque l'hydrogène, à haute température, réduit l'acide carbonique),—il ne serait pas inconséquent d'affirmer que de grands désastres pourraient être produits par ce calamiteux engin. Qu'on se figure, en effet, le tableau suivant:

Sitôt la flèche envoyée, un bref coup de tonnerre sonne du côté de l'endroit visé. Ce coup, vingt-neuf autres lui font écho, dans Paris, aux lointains. Et voici que les vociférations d'une multitude hurlante, des milliers d'appels affolés d'hommes et de femmes s'étouffant en une panique vertigineuse,—rappelant (et avec quels grandissements) par exemple les effroyables sinistres des théâtres de Nice, d'Exeter et de notre Opéra-Comique,—voici que toutes ces explosions et que tous ces cris de carnage, enfin, parviennent jusqu'aux deux tueurs.

La brume s'est comme rougie, là-bas! Et, dans la même minute, les cinq autres flèches sont envoyées. Et les réponses environnantes se renouvellent, mêlées à des bruits d'écroulements, au fracas des poudrières, aux lueurs pourpres qui brûlent au loin. La capitale, dominant de son innombrable clameur, le roulis des voitures et les sifflets des trains en partance, est devenue, en un quart d'heure, presque pareille à Sodome sous le feu du Ciel. De subits charniers s'entassent. Puis, brusquement, plus rien: nul bruit, excepté celui des cris poussés par des milliers de victimes, celles qui survivent.

«—Nous recommencerons indéfiniment, ne voulant pas plus d'oppresseurs que de défenseurs désormais! murmure alors l'envoyé de l'Internationale, tout en vissant la pomme et le bout de sa «canne» refermée. Il ne reste aucune trace, ici, de la besogne.—Voici un peu d'or: au revoir, et—à bientôt. Vite, couchez-vous.»

Les deux complices, en échangeant, sans doute, deux graves regards, se serrent la main.

L'inconnu descend en grande hâte l'escalier. S'il rencontre quelqu'un devant le portail ou dans les environs, il ne manque pas de s'écrier, de l'air d'un passant effaré qui regagne son logis:

—Ah çà! qu'est-ce donc? On entend des bruits épouvantables, ce soir!... Qu'est-ce qu'il y a?