Bientôt des officiers émissaires arrivèrent au galop, éclaircissant la route, criant différents ordres, et suivis d’un roulis de pesants traîneaux d’où débordaient des trophées, des dépouilles opulentes, des richesses, le butin, entre deux légions de captifs cheminant tête basse, secouant des chaînes et que précédaient, sur leurs massifs chevaux tigrés, les deux rois d’Agra. Ceux-ci, la reine les ramenait en triomphe dans sa capitale, bien qu’avec de grands honneurs.

Derrière eux venaient des chars de guerre, aux frontons rayonnants, montés par des adolescentes en armures vermeilles, saignant, quelques-unes, de blessures mal serrées de langes, un grand arc, transversal, aux épaules, croisé de faisceaux de flèches: c’étaient les belliqueuses suivantes de la maîtresse terrible.

Enfin, dominant ce désordre étincelant, au centre d’un demi-orbe formé de soixante-trois éléphants de bataille tout chargés de sowaris et de guerriers d’élite—que suivait de tous côtés, là-bas, l’immense vision d’un enveloppement d’armées—apparut l’éléphant noir, aux défenses dorées, d’Akëdysséril.

A cet aspect, la ville entière, jusque-là muette et saisie à la fois d’orgueil et d’épouvante, exhala son convulsif transport en une tonnante acclamation; des milliers de palmes, agitées, s’élevèrent; ce fut une enthousiaste furie de joie.

Déjà, dans la haute lueur de l’air, on distinguait la forme de la reine du Habad qui, debout entre les quatre lances de son dais, se détachait, mystiquement, blanche en sa robe d’or, sur le disque du soleil. On apercevait, à sa taille élancée, le ceinturon constellé où s’agrafait son cimeterre. Elle mouvait, elle-même, entre les doigts de sa main gauche, la chaînette de sa monture formidable. A l’exemple des Dêvas sculptés au loin sur le faîte des monts du Habad, elle élevait, en sa main droite, la fleur sceptrale de l’Inde, un lotus d’or mouillé d’une rosée de rubis.

Le soir, qui l’illuminait, empourprait le grandiose entourage. Entre les jambes des éléphants pendaient, distinctes, sur le rouge-clair de l’espace, les diverses extrémités des trompes,—et, plus haut, latérales, les vastes oreilles sursautantes, pareilles à des feuilles de palmiers. Le ciel jetait, par éclairs, des rougeoiements sur les pointes des ivoires, sur les pierres précieuses des turbans, les fers des haches.

Et le terrain résonnait sourdement sous ces approches.

Et, toujours entre les pas de ces colosses, dont le demi-cercle effroyable masquait l’espace, une monstrueuse nuée noire, mouvante, sembla s’élever, de tous côtés à la fois, orbiculaire—et graduellement—du ras de l’horizon: c’était l’armée qui surgissait derrière eux, là-bas, étageant, entrecoupées de mille dromadaires, ses puissantes lignes. La ville se rassurait en songeant que les campements étaient préparés dans les bourgs prochains.

Lorsque la reine du Habad ne fut plus éloignée de l’Entrée-du-Septentrion que d’une portée de flèche, les cortèges s’avancèrent sur la route pour l’accueillir.

Et tous reconnurent, bientôt, le visage sublime d’Akëdysséril.