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Cette neigeuse fille de la race solaire était de taille élevée. La pourpre mauve, intreillée de longs diamants, d’un bandeau fané dans les batailles, cerclait, espacée de hautes pointes d’or, la pâleur de son front. Le flottement de ses cheveux, au long de son dos svelte et musclé, emmêlait ses bleuâtres ombres, sur le tissu d’or de sa robe, aux bandelettes de son diadème. Ses traits étaient d’un charme oppressif qui, d’abord, inspirait plutôt le trouble que l’amour. Pourtant des enfants sans nombre, dans le Habad, languissaient, en silence, de l’avoir vue.
Une lueur d’ambre pâle, épandue en sa chair, avivait les contours de son corps: telles ces transparences dont l’aube, voilée par les cimes hymalayennes, en pénètre les blancheurs comme intérieurement.
Sous l’horizontale immobilité des longs sourcils, deux clartés bleu sombre, en de languides paupières de Hindoue, deux magnifiques yeux, surchargés de rêves, dispensaient autour d’elle une magie transfiguratrice sur toutes les choses de la terre et du ciel. Ils saturaient d’inconnus enchantements l’étrangeté fatale de ce visage, dont la beauté ne s’oubliait plus.
Et le saillant des tempes altières, l’ovale subtil des joues, les cruelles narines déliées qui frémissaient au vent du péril, la bouche touchée d’une lueur de sang, le menton de spoliatrice taciturne, ce sourire toujours grave où brillaient des dents de panthère, tout cet ensemble, ainsi voilé de lointains sombres, devenait de la plus magnétique séduction lorsqu’on avait subi le rayonnement de ses yeux étoilés.
Une énigme inaccessible était cachée en sa grâce de péri.
Joueuse avec ses guerrières, des soirs, sous la tente ou dans les jardins de ses palais, si l’une d’entre elles, d’une charmante parole, s’émerveillait des infinis désirs qu’élevait, sur ses pas, l’héroïque maîtresse du Habad, Akëdysséril riait, de son rire mystérieux.
Oh! posséder, boire, comme un vin sacré, les barbares et délicieuses mélancolies de cette femme, le son d’or de son rire,—mordre, presser idéalement, sur cette bouche, les rêves de ce cœur, en des baisers partagés!—étreindre, sans parole, les fluides et onduleuses plénitudes de ce corps enchanté, respirer sa dureté suave, s’y perdre—en l’abîme de ses yeux, surtout!... Pensées à briser les sens, d’où se réfléchissait un vertige que ces augustes regards de veuve, aux chastetés désespérées, ne refléteraient pas. Son être, d’où sortait cette certitude désolatrice, inspirait, au fort des assauts et des chocs d’armées, aux jeunes combattants de ses légions, des soifs de blessures reçues là, sous ses prunelles.
Et puis, de tout le calice en fleur de son sein, d’elle entière, s’exhalait une odeur subtile, inespérée! enivrante—et telle... que,—dans l’animation, surtout, des mêlées,—un charme torturait autour d’elle! excitant ses défenseurs éperdus au désir sans frein de périr à son ombre... sacrifice qu’elle encourageait, parfois, d’un regard surhumain, si délirant qu’elle semblait s’y donner.
C’étaient, dans la brume radieuse de ses victoires, des souvenirs d’elle seule connus et qui s’évoquaient en ses sommeils.