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Telle apparaissait Akëdysséril, à l’entrée, maintenant, de la citadelle. Un moment elle écouta, peut-être, les paroles de bienvenue et d’amour dont la saluèrent les seigneurs; puis, sur un signe imperceptible, les chars de ses guerrières, avec le fracas du tonnerre, franchirent les voûtes et s’irradièrent sur la place de Kama. Les clameurs d’allégresse de son peuple l’appelaient: poussant donc son éléphant noir sous le porche de Surate et sur les tapis étendus, la souveraine du Habad entra dans Bénarès.

Soudainement, ses regards tombèrent sur l’avenue décriée au fond de laquelle s’accusait, dans l’éloignement, l’antique, l’énorme façade écrasée du temple de Sivà.

Tressaillant—d’un souvenir, sans doute—elle arrêta sa monture, jeta un ordre à ses éléphantadors qui déplièrent les gradins de l’haodah sur les flancs de l’animal.

Elle descendit, légèrement.—Et voici que, pareils à des êtres évoqués par son désir, trois phaodjs, en turbans et en tuniques noirs,—délateurs sûrs et rusés—chargés, certes! de quelque mission très secrète pendant son absence, surgirent, comme de terre, devant elle.

On s’écarta, d’après un vœu de ses yeux. Alors, les phaodjs inclinés autour d’elle chuchotèrent, l’un après l’autre, longtemps, longtemps, de très basses paroles que nul ne pouvait entendre, mais dont l’effet sur la reine parut si terrible et grandissant à mesure qu’elle écoutait, que son pâlissant visage s’éclaira, tout à coup, d’un affreux reflet menaçant.

Elle se détourna; puis, d’une voix brusque et qui vibra dans le silence de la place muette:

—Un char! s’écria-t-elle.

Sa favorite la plus proche sauta sur le sol et lui présenta les deux rênes de soie tressée de fils d’airain.

Bondissant à la place quittée: