M. Jules Favre ayant déclaré avoir omis, au milieu des soucis de cette journée, de se munir du sceau de la République Française, voulait le faire prendre à Paris.

—Ce serait un retard inutile, répondit M. de Bismarck: votre cachet suffira.

Et, comme s’il eût connu ce qu’il faisait, le Chancelier de Fer indiquait, lentement, au doigt de notre envoyé, l’Anneau légué par l’Inconnu.

A ces paroles inattendues, à cette subite et glaçante mise en demeure du Destin, Jules Favre, presque hagard, et se rappelant le vœu prophétique dont cette bague souveraine était pénétrée, regarda fixement, comme dans le saisissement d’un vertige, son impénétrable interlocuteur.

Le silence, en cet instant, se fit si profond qu’on entendit, dans les salles voisines, les heurts secs de l’électricité qui, déjà, télégraphiait la grande nouvelle aux extrémités de l’Allemagne et de la terre;—l’on entendait aussi les sifflements des locomotives qui déjà transportaient des troupes aux frontières.—Favre reporta les yeux sur l’Anneau!...

Et il lui sembla que des présences évoquées se dressaient confusément autour de lui dans la vieille salle royale, et qu’elles attendaient, dans l’invisible, l’instant de Dieu.

Alors, comme s’il se fût senti le mandataire de quelque expiatoire décret d’en haut, il n’osa pas, du fond de sa conscience, se refuser à la demande ennemie!

Il ne résista plus à l’Anneau qui lui attirait la main vers le Traité sombre.

Grave, il s’inclina:

—C’est juste, dit-il.