Demain, lorsque, dans Moscou, d’innombrables voix, entonnant le «Bogë Tzara Krani» scandé par le feu des puissants canons de la capitale religieuse de l’Empire, et alterné par les lourdes cloches du Kremlin, annonceront au monde le sacre du jeune successeur d’Alexandre II,—le songeur du parc de Weimar se souviendra, lui, du solitaire marcheur dont les pas sonnèrent ainsi, une nuit, à son oreille!—Il se rappellera le promeneur qui écartait, d’un geste fatigué, les branches qui gênaient sa vue et ses pensées—il évoquera la haute figure du prédécesseur qui passa, dans l’ombre,—alors qu’autour de ce tzar, aussi l’épiant et l’observant en silence, d’obliques regards se multipliaient, menaçant son front morose et dédaigneux.
L’Aventure de Tsë-i-la
«Devine, ou je te dévore.»
Le Sphynx.
Au nord du Tonkin, très loin dans les terres, la province de Kouang-Si, aux rizières d’or, étale jusqu’aux centrales principautés de l’Empire du Milieu ses villes aux toits retroussés dont quelques-unes sont encore de mœurs à demi tartares.
Dans cette région, la sereine doctrine de Lao-Tseu n’a pas encore éteint les vivaces crédulités aux Poussahs, sortes de génies populaires de la Chine. Grâce au fanatisme des bonzes de la contrée, la superstition chinoise, même chez les grands, y fermente plus âpre que dans les états moins éloignés de Péï-Tsin (Pékin);—elle diffère des croyances mandchoues en ce qu’elle admet les interventions directes des «dieux» dans les affaires du pays.
L’avant-dernier vice-roi de cette immense dépendance impériale fut le gouverneur Tchë-Tang, lequel a laissé la mémoire d’un despote sagace, avare et féroce. Voici à quel ingénieux secret ce prince, échappant à mille vengeances, dut de s’éteindre en paix au milieu de la haine de son peuple—dont il brava, jusqu’à la fin, sans soucis ni périls, les bouillonnantes fureurs assoiffées de son sang.
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