Tchë-Tang étendit sur Tsë-i-la son sceptre de jade où brillaient des caractères sacrés:

—Continue, dit-il, impassible.

Tsë-i-la reprit alors, en agitant, du bout des doigts, autour de ses joues, un petit éventail en brins d’ébène:

—Si quelque torture pouvait persuader Tsë-i-la de trahir son grand secret en le révélant à d’autres qu’au roi seul, j’en atteste les Poussahs qui nous écoutent, invisibles, ils ne m’eussent point choisi pour interprète!—O princes, non, je n’ai pas fumé d’opium, je n’ai pas le visage d’un insensé, je ne porte point d’armes. Seulement, voici ce que j’ajoute. Si j’affronte la Mort lente, c’est qu’un tel secret vaut également, s’il est réel, une récompense digne de lui. Toi seul, ô roi, jugeras donc, en ton équité, s’il mérite le prix que je t’en demande.—Si, tout à coup, au son même des mots qui l’énoncent, tu ressens en toi, sous tes yeux fermés, le don de sa vertu vivante—et son prodige!—les dieux m’ayant fait noble en me l’inspirant de leur souffle d’éclairs, tu m’accorderas Li-tien-Së, ta fille radieuse, l’insigne princier des mandarins et cinquante mille liangs d’or.

En prononçant les mots «liangs d’or», une imperceptible teinte rose monta aux joues de Tsë-i-la, qu’il voila d’un battement d’éventail.

L’exorbitante récompense réclamée provoqua le sourire des courtisans et courrouça le cœur ombrageux du roi, dont elle révoltait l’orgueil et l’avarice. Un cruel sourire glissa, aussi, sur ses lèvres en regardant le jeune homme qui, intrépide, ajouta:

—J’attends de toi, Seigneur, le serment royal, par Fô, l’inexprimable dieu qui venge des parjures, que tu acceptes, selon que mon secret te paraîtra positif ou chimérique, de m’accorder cette récompense ou la mort qui te plaira.

Tchë-Tang se leva:

—C’est juré, dit-il;—suis-moi.

*
* *