Quelques moments après,—sous des voûtes qu’une lampe, suspendue au-dessus de sa charmante tête, éclairait,—Tsë-i-la, lié de cordes fines à un poteau, regardait, en silence, le roi Tchë-Tang, dont la haute taille apparaissait, dans l’ombre, à trois pas de lui. Le roi se tenait debout, adossé à la porte de fer du caveau; sa main droite s’appuyait sur le front d’un dragon de métal qui sortait de la muraille et dont l’œil unique semblait considérer Tsë-i-la.—La robe verte de Tchë-Tang jetait des clartés; son collier de pierreries étincelait, sa tête seule, dépassant le disque noir de la lampe, se trouvait dans l’obscurité.

Sous l’épaisseur de la terre, nul ne pouvait les entendre.

—J’écoute, dit Tchë-Tang.

—Sire, dit Tsë-i-la, je suis un disciple du merveilleux poète Li-taï-pé.—Les dieux m’ont donné, en génie, ce qu’ils t’ont donné en puissance: ils ont ajouté la pauvreté, pour grandir mes pensées. Je les remerciais donc, chaque jour, de tant de faveurs, et vivais paisible, sans désirs,—lorsqu’un soir, sur la terrasse élevée de ton palais, au-dessus des jardins, dans les airs argentés par la lune, j’ai vu ta fille Li-tien-Së,—qu’encensaient, à ses pieds, les fleurs diaprées des grands arbres, au vent de la nuit.—Depuis ce soir là, mon pinceau n’a plus tracé de caractères, et je sens en moi qu’elle aussi songe au rayonnement dont elle m’a pénétré!... Lassé de languir, préférant fût-ce la plus affreuse mort au supplice d’être sans elle, j’ai voulu, par un trait héroïque, d’une subtilité presque divine, m’élever, moi, passant, ô roi! jusqu’à elle, ta fille!

Tchë-Tang, sans doute par un mouvement d’impatience, appuya son pouce sur l’œil du dragon. Les deux battants d’une porte roulèrent sans bruit devant Tsë-i-la, lui laissant voir l’intérieur d’un cachot voisin.

Trois hommes, en habits de cuir, s’y tenaient près d’un brasier où chauffaient des fers de torture. De la voûte tombait une corde de soie, solide, s’effilant en fines tresses et sous laquelle brillait une petite cage d’acier, ronde, trouée d’une ouverture circulaire.

Ce que voyait Tsë-i-la, c’était l’appareil de la Mort terrible. Après d’atroces brûlures, la victime était suspendue en l’air, par un poignet, à cette corde de soie,—le pouce de l’autre main attaché, en arrière, au pouce du pied opposé. On lui ajustait alors cette cage autour de la tête, et, l’ayant fixée aux épaules, on la refermait après y avoir introduit deux grands rats affamés. Le bourreau imprimait ensuite, au condamné, un balancement. Puis il se retirait, le laissant dans les ténèbres et ne devant revenir le visiter que le surlendemain.

A cet aspect, dont l’horreur impressionnait, d’ordinaire, les plus résolus:

—Tu oublies que nul ne doit m’entendre, hors toi! dit froidement Tsë-i-la.

Les battants se refermèrent.