Une sérénade lointaine parvint jusqu'à lui.
—O mon Dieu! dit-il avec l'accent d'une tristesse naïve et profonde, pourquoi n'aimerais-je pas, moi qui suis seul sur la terre?... Oh! comme cette femme est belle! Comme je l'aime déjà, comme je l'aime à en mourir!...
Quelques instants après, il piqua des deux et prit la route opposée, vers San-Lorenzo.
[CHAPITRE X.]
Le palais enchanté.
Le palais Fabriani était un labyrinthe superbe dont les méandres cachaient un ordre savant. Les grands architectes florentins du XVe siècle y avaient dépensé un soin et une magnificence de plans extrêmes. La marquise n'y avait rien changé,—ou que fort peu de choses. Les secrets intérieurs de ce palais dataient de deux cents ans et, seule, dans ce monde, elle en tenait le fil d'Ariane.
Comme il était situé sur des terrains élevés, loin des autres palais, on ne pouvait, d'aucun édifice, plonger la vue par dessus les murs du parc et des jardins. Ces murs avaient de trente à trente-cinq pieds de hauteur, et trois ou trois et demi d'épaisseur. Des lierres énormes, des fleurs et de la mousse les couvraient presque entièrement. La grille de la longue avenue se fermait par des battants en fer massif.
Les grands arbres étaient bien touffus et serrés dans les allées. Il y avait des statues antiques, une fontaine au mince filet d'argent reçu dans une urne d'albâtre; des cygnes dans un bassin entouré de cyprès et bordé de marches en marbre blanc; des buissons de roses d'Égypte, des milliers de fleurs d'Asie et d'Europe, de larges feuilles tombées sur le gazon, des lévriers étendus et gracieux.
Et puis le grand silence.